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Prières antijuives de Chems Eddine



Par : Mohamed LOUIZI

C’est la Nuit du Destin, le 26 Ramadan. Chems Eddine a enfilé sa robe blanche, confectionnée au Bangladesh par des prisonniers de droit commun, et achetée lors de son dernier pèlerinage en Arabie Saoudite. Sur le cou, il a entouré sa Keffieh à carreaux noir et blanc, trouvée sur un étalage dans un souk à Sarcelles, et qui n’a d’Hébron que le nom, car tissée à Shaoxing à l’est de la Chine. Il a pris le chemin de la mosquée au bord de son SUV bourré de technologies développées dans les laboratoires des «mécréants» danois. Ces Danois qui se moquent de Mahomet mais qui fabriquent des SUV.
Cette nuit-là, il a rendez-vous avec les anges de la paix qui devaient, croit-il, descendre au premier ciel, envoyés par Allah et conduit par l’archange Gabriel. Ses péchés de l’année antérieure seraient effacés. Mahomet l’a promis dans un hadith authentique. Ses péchés de l’année prochaine seraient pré-pardonnés aussi, une sorte de forfait prépayé, à la condition qu’il puise dans ses ressources peu athlétiques, en dépit de sa surcharge pondérale, pour assister jusqu’à l’aube à toutes les prières de la nuit et à la récitation psalmodiée de l’intégralité du Coran.

Le sommeil devra attendre cette nuit-là car il n’y a qu’une Nuit du Destin dans une année, disait-il. Demain, il fera la plus longue grasse matinée de l’année pour rattraper sa nuit blanche. Il ne travaillera pas de toute façon. Il a posé une RTT par anticipation. Tout comme Amar, Hassan, Tareq et Eric le converti. Si le service de maintenance de la société de transport en commun, là où il travaille, tourne demain au ralenti comme depuis le début du Ramadan, cela n’est pas très important à ses yeux. Les bus en panne attendront. Allah passe avant la RATP.

A l’entrée peu éclairée de la mosquée, il a ôté ses babouches et mis son smartphone, fabriqué par des polythéistes chinois, en mode avion. Le parfum de l’encens était très fort, histoire de masquer les odeurs nauséabondes des chaussures et des baskets, entassées sur des étagères de plusieurs mètres, empilées du plancher au plafond, sur toute la largeur du hall. Elles ressemblent aux étagères d’une bibliothèque sauf qu’à la place des livres, il y avait des souliers qui puent. L’encens n’y pouvait strictement rien.

Chems Eddine, comme le veut la tradition mahométane, exécuta deux génuflexions, signe de salutations, dit-on, pour ce lieu de culte. Il pria deux fois Allah en récitant la première sourate pour qu’Il le guide dans le sentier droit : «le sentier de ceux qu’Allah a comblés de Ses bienfaits, de ceux qui n’ont point encouru Sa colère et qui ne s’égarent point». En chuchotant ces versets, il ne pouvait s’empêcher de penser, comme par conditionnement pavlovien, aux juifs et aux Chrétiens, tellement les exégèses classiques autorisés du Coran ont identifié les juifs comme ayant encouru la colère d’Allah, en se basant sur d’autres versets du Coran, et les Chrétiens, comme des égarés.

Chems Eddine s’efforça de se concentrer dans sa prière mais en vain. L’imam faisait cette nuit-là, comme à l’accoutumé, une sensibilisation des fidèles pour la cause palestinienne et le soutien des Frères à Gaza. A côté de lui, un prédicateur à la barbe taillée, vêtu d’un smoking Brooks Brothers, incitait à coup de versets et de hadiths ses frères et sœurs à donner pour la veuve et l’orphelin. Chems Eddine, un musulman ordinaire, buvait religieusement les assertions de ce nabab au look moderne, à qui on donnerait le bon Dieu sans confession. Par des hochements de tête, il en acquiesça chaque parole en serrant les dents. La colère monta et l’aversion antijuive, aussi. Séduit et réceptif de cette logorrhée rodée, il leva sa main, le pouce plié et les quatre doigts bien dressés et bien écartés, comme si on était dans une salle de ventes aux enchères, pour signifier à l’imam qu’il promet de donner quatre cents euros pour la cause palestinienne : un doigt pour cent euros, quatre doigts pour quatre cents.

D’autres mains se sont levées, les unes après les autres, les unes au même moment que les autres, au point que l’imam ne savait plus qui prioriser. Le compteur s’affolait. La masse des fidèles, de tout âge, interagissait généreusement avec les exhortations insistantes de l’imam qui leur promettait de commencer la prière dès que le seuil de cent mille euros serait atteint. L’imam rappela que l’année dernière, dans cette mosquée, on avait collecté plus de quatre-vingt mille euros pour la cause palestinienne et que cette année, au vu de l’actualité brulante, il comptait bien exploser ce record. Contre toute attente, il rappela aussi que ceux qui ont toujours donné pour Gaza n’avaient pas forcément de gros revenus. Il disait avoir vu des personnes, qui ne sont pas imposables, et d’autres, qui certainement bénéficient du RSA et des minimas sociaux, donner pour la cause palestinienne des sommes à faire rougir les riches. Des femmes ont donné leurs parures d’or, ceintures et bracelets. Quand on aime la Palestine, on finance le Hamas…
Un jeune homme d’une vingtaine d’années, pas habillé comme le voudrait l’occasion, portant un pantalon jogging noir d’une marque très populaire chez les jeunes des quartiers sensibles, était assis à gauche de Chems Eddine. Soudain, il sortit de la poche de son blouson en cuir Levinsky, une enveloppe épaisse. Un autre homme, assis devant, s’est chargé de la transmettre à l’imam. Quand ce dernier a fini de compter la liasse de cent billets de cinquante euros, soit cinq mille euros, qui se trouvaient dedans, lui et les fidèles ont crié à l’unisson «Allahou Akbar !» trois fois, signe d’admiration, d’exaltation, face à ce jeune trafiquant qui, visiblement, ne vient à la mosquée qu’une fois par an, histoire de bénir et bonifier son trafic de stupéfiants et obtenir un peu de rédemption pour ses délits et méfaits tolérés par les juges rouges...

Entre le rappel des versets et hadiths, le nabab au smoking américain racontait par-ci et par-là des anecdotes saugrenues, servant principalement à couvrir de louanges les «résistants à l’impérialisme américano-sioniste», disait-il, qui mènent la guerre contre «l’entité sioniste» au nom de l’Oumma de l’islam. Plus de mille fidèles, Français et immigrés, en situation régulière ou sans papiers, étaient présents cette nuit-là. Aucune personne n’a exprimé la moindre réserve sur ce qui a été dit. Pas la moindre protestation. Tout le monde semble avoir été acquis à la cause. Personne n’a rappelé à cette assemblée mi-hystérique mi-bigote qu’il était interdit, en France, de tenir des réunions politiques dans un lieu de culte. La loi française semble avoir été rangée à côté des chaussures. Seule la loi d’Allah est souveraine dans cette enclave à rangs serrés.

Le live de cette soirée, diffusé sur la page Facebook de la mosquée, a été largement partagé et commenté. Son modérateur ne modérait rien du tout. Au bout d’une heure, le record des dons pour Gaza fut explosé. Sans doute, le Hamas saura quoi faire avec les cent-dix mille euros collectés cette nuit-là. Il ne remerciera jamais assez le fisc français pour les réductions d’impôts accordées aux donateurs imposables. Il ne remerciera jamais assez les allocataires mahométans non-imposables de «la France d’après»…

Pendant ce temps-là, quatre militaires de l’Opération Sentinelle veillaient à la sécurité de cette mosquée, comme à la sécurité d’autres mosquées-casernes et la protégeaient contre de supposés actes «islamophobes». On connaît la chanson… «Allahou Akbar !», la prière a commencé. Le silence s’est imposé enfin. Seule la voix amplifiée de l’imam était entendue. Les fidèles disaient «Amen !» à chaque raka’ãt, unité de prière, et se taisaient. Chems-Eddine, originaire d’Alger qu’il a fuie durant la Décennie noire (!), parlait et comprenait l’arabe. Les génuflexions et prosternations des Tarawîhs, ces prières nocturnes du mois de Ramadan, se succédaient, rythmées par de longues phases de récitation des sourates dans l’ordre officiel d’agencement du Coran. Entre deux unités de deux génuflexions, l’imam laissait quelques secondes pour que les rares fidèles, voulant quitter la mosquée à l’entracte, puissent le faire sans gêner les autres.

Chems-Eddine n’était pas de ceux-là. Il était du genre déterminé. Il aimait écouter le Coran y compris sur son lieu de travail, muni de son casque Bluetooth de la marque suédoise U-Jays. Il écoutait des récitateurs égyptiens, syriens et, depuis peu, des récitateurs saoudiens. Ce soir-là, cette mosquée ne pouvait recevoir des imams détachés venus du bled. Ce sont deux jeunes imams locaux, formés par des Frères musulmans à Château-Chinon, l’ancien fief de François Mitterrand, qui aidaient l’imam officiel et se relayaient à tour de rôle pour chanter la parole d’Allah.

Ce soir-là, Chems Eddine était focus sur un thème en particulier : les juifs dans le Coran. Dans son esprit, comme dans l’esprit d’un milliard de mahométans à travers la planète, complices par préméditation ou par silence de l’islamisme qui tue les juifs parce que juifs, seul le Coran permet de comprendre leur mentalité et le sort qui leur est réservé depuis le siècle des siècles. Ce soir-là, il comptait bien savourer la psalmodie de ces nombreux passages avec délectation, afin de renforcer sa foi et entretenir sa haine antisémite sacrée. Dans son esprit, comme dans l’esprit d’un milliard de mahométans, la haine des juifs est un fondement du dogme islamique d’«Al-Wala’ wal-Bara'». L’allégeance et le désaveu. Presque un sixième pilier de l’islam qui veut dire : aimer pour Allah et haïr pour Allah. Un acte d’adoration, somme toute. Bienvenue chez les fous d’Allah !

A chaque fois l’imam récitait un ou plusieurs versets qui parlent des juifs, des fils d’Israël, des Gens des Livres, Chems Eddine dressait l’oreille. Son visage prenait successivement mille et une expressions, révélant le fond de ses pensées, le clair-obscur de ses sentiments. Il était très attentif aux longs passages consacrés aux juifs dans la sourate II, La Génisse, à l’affût des traits de caractères que le Coran leur attribue. Ainsi, Chems Eddine lisait en même temps que l’imam ce verset : «Vous avez certainement connu ceux des vôtres qui transgressèrent le Shabbat. Et bien Nous leur dîmes : «Soyez des singes abjects !»». Chems Eddine s’égayait. De même, il ne pouvait se retenir quand l’imam récitait ce passage : «Toutes les fois qu’ils [les juifs] concluent un pacte, se trouvera-t-il une partie parmi eux qui le dénonce ? Oui, la plupart d’entre eux ne sont pas croyants». Chems Eddine acquiesça de la tête, les yeux rivés sur l’endroit où son front touche le sol.
Dans son esprit, comme dans l’esprit d’un milliard de mahométans, les juifs seraient frappés «d’avilissement et de déchéance morale» pour «n’avoir pas cru aux signes d’Allah, et assassiné injustement les prophètes et pour avoir désobéi et transgressé», sourate III, La famille d’Imran, verset 112. Dans son esprit, comme dans l’esprit d’un milliard de mahométans, «[les juifs] sont attentifs au mensonge et voraces de gains illicites», sourate V, La table servie, verset 41. Dans son esprit, comme dans l’esprit d’un milliard de mahométans, Allah et ses prophètes ont maudit les juifs. «Ceux des enfants d’Israël qui n’avaient pas cru ont été maudits par la bouche de David et de Jésus fils de Marie, parce qu’ils désobéissaient et transgressaient», sourate V, verset 78. Dans son esprit, comme dans l’esprit d’un milliard de mahométans, les juifs sont responsables des guerres. «Nous avons jeté parmi eux l’inimitié et la haine jusqu’au Jour de Résurrection. Toutes les fois qu’ils allument un feu pour la guerre, Allah l’éteint. Et ils s’efforcent de semer le désordre sur la terre alors qu’Allah n’aime pas les semeurs de désordre», sourate V, verset 64…

Dans son esprit, comme dans l’esprit d’un milliard de mahométans, «les juifs et les associateurs sont les ennemis les plus acharnés des croyants [musulmans]», sourate V, verset 82. Tel un rappel, ce verset est souvent cité dans ces milieux pour entretenir l’aversion et l’hostilité envers les juifs. On se souvient du discours inaugural de l’Institut Islamique Central, prononcé par Amin al-Husseini, le vaniteux mufti de Jérusalem, le 18 décembre 1942, au milieu des officiels nazis à Berlin. Il disait, en se référant à ce verset, entre autres : «Parmi les ennemis les plus cruels des musulmans, qui depuis les temps les plus reculés leur ont témoigné de l’inimitié et se sont constamment montrés perfides et rusés, on compte les juifs et leurs complices […]. Dans le saint Coran et le récit de la vie du Prophète, on voit partout la preuve de la veulerie des juifs, de leur malveillance, de leur duplicité et de leur traîtrise, ce qui suffit tout à fait à mettre les musulmans en garde contre la grave menace qu’ils constituent constamment pour eux, dont ils sont les ennemis jusqu’à la fin des temps…»

Dans son esprit, comme dans l’esprit d’un milliard de mahométans, il est formellement interdit de s’allier aux juifs et aux Chrétiens. «Ô les croyants ! Ne prenez pas pour alliés les juifs et les Chrétiens ; ils sont alliés les uns aux autres. Et celui d’entre vous qui les prend pour alliés, devient un des leurs. Allah ne guide certes pas les gens injustes», sourate V, verset 51. Dans son esprit, comme dans l’esprit d’un milliard de mahométans, Allah s’est engagé à châtier éternellement les juifs. «Ton Seigneur annonça qu’Il enverra certes contre eux quelqu’un qui leur imposera le pire châtiment jusqu’au Jour de Résurrection», sourate VII, verset 167…

A l’écoute de ce dernier passage, Chems Eddine ne pouvait éviter de se souvenir de l’exégèse de ce verset, déclarée en 2009 par feu Youssef al-Qaradawi, sur la chaîne al-Jazeera du prince du Qatar, le protecteur et le financier des Frères musulmans du Hamas. Youssef al-Qaradawi avait dit que «tout au long de l'Histoire, Allah a imposé aux juifs des personnes qui les punissaient de leur corruption. Le dernier châtiment a été administré par Hitler. Avant tout ce qu'il leur a fait – et bien que les juifs aient exagéré les faits – il a réussi à les remettre à leur place. C'était un châtiment divin. La prochaine fois, si Allah veut, ce sera par la main des croyants [musulmans]». Youssef al-Qaradawi donnait, ni plus ni moins, un sens actualisé, contemporain, au verset 167 de la sourate VII précitée. Chems Eddine murmurait : «Allah le Très-Grand dit vrai».
Chems Eddine s’est permis une petite pause pour s’hydrater et s’alimenter. Minuit passé, l’imam invita les fidèles à faire des invocations en groupe, dédiées spécialement aux «martyrs» de la mosquée al-Aqsa à Al-Quds, Jérusalem, et aux «résistants» et «moudjahidines» qui, rappelait-il, défendent l’honneur de l’Oumma de l’islam. L’imam prononçait les prières et les fidèles, dont certains pleuraient et versaient des larmes par crainte et désir, levaient les deux mains à hauteur du visage et disaient «Amen ! Amen ! Amen !». Au bout d’un quart d’heure de cette supplication collective et ardente, l’imam s’est redressé, à nouveau, pour évoquer l’espoir et l’issue, selon lui assurée et inéluctable des souffrances du peuple palestinien. Pour appuyer son propos, il parla de promesses divines immuables et récita quelques versets de la sourate XVII, Le voyage nocturne. Chems Eddine, comme les autres fidèles, observait l’imam avec passion, avec enthousiasme. «Allah le Très-Grand dit vrai», murmuraient-ils en chœur.
Dans l’esprit de l’imam, dans l’esprit de Chems Eddine, comme dans l’esprit d’un milliard de mahométans, les juifs seront vaincus tôt ou tard. L’imam vient de le rappeler. «Nous avions décrété pour les Enfants d'Israël, (et annoncé) dans le Livre: "Par deux fois vous sèmerez la corruption sur terre et vous allez transgresser d'une façon excessive". Lorsque vint l'accomplissement de la première de ces deux [prédictions,] Nous envoyâmes contre vous certains de Nos serviteurs doués d'une force terrible, qui pénétrèrent à l'intérieur des demeures. Et la prédiction fut accomplie. Ensuite, Nous vous donnâmes la revanche sur eux; et Nous vous renforçâmes en biens et en enfants. Et Nous vous fîmes [un peuple] plus nombreux. "Si vous faites le bien, vous le faites à vous-mêmes; et si vous faites le mal, vous le faites à vous [aussi]". Puis, quand vint la dernière [prédiction,] ce fut pour qu'ils affligent vos visages et entrent dans la Mosquée comme ils y étaient entrés la première fois, et pour qu'ils détruisent complètement ce dont ils se sont emparés.» Sourate XVII, versets 4 à 7…

Et l’imam d’ajouter, en arabe, que le fait que les juifs soient regroupés en «Palestine occupée» n’est pas une mauvaise chose en soi, bien au contraire, malgré les apparences. Chems Eddine fut saisi d’étonnement devant cette curieuse affirmation. L’imam comprit que son auditoire ne suivait pas. Il rappela alors ce verset : «Le combat vous a été prescrit alors qu’il vous est désagréable. Or, il se peut que vous ayez de l’aversion pour une chose alors qu’elle vous est un bien…», sourate II, verset 216. En commentaire, il expliqua que bien sûr «les juifs colonisent la Palestine» mais cela permet qu’ils soient aujourd’hui presque tous regroupés sur cette terre qui, disait-il, verra leur défaite inéluctable. Le prophète a promis cela dans un hadith authentique, rapporté par ibn Omar et immortalisé par al-Bukhari : «Vous combattrez les juifs et aurez le dessus sur eux de sorte que la pierre dira : ô musulman ! Voici un juif caché derrière moi, viens le tuer !» L’imam expliqua ensuite que dans le malheur de «l’occupation sioniste» réside le bonheur de la réalisation future et certaine de la prophétie du prophète. Les musulmans, disait-il, n’ont pas la capacité d’aller «chasser les juifs» aux quatre coins de la planète, à moins de provoquer une troisième guerre mondiale. Il conclut en disant que la «Palestine occupée» sera le nouveau «camp de la mort des juifs»… Chems Eddine approuva.

Les siècles passent mais l’antisémitisme criminel, structurant l’islam de Mahomet, reste. Au gré des évènements, il traverse des phases de faibles et de fortes intensités. Il ne disparaît jamais. Outil de galvanisation des troupes. Ciment de l’unité de l’Oumma. En temps de paix comme en temps de guerre, les agitateurs d’Allah le réactivent sans aucune difficulté, tellement il est substantiel dans les textes fondateurs du récit islamique connu de tous. Si Israël n’existait pas, l’antisémitisme mahométan n’éprouverait aucune difficulté pour trouver un autre motif pour l’entretenir. On se souvient de cet autre discours criminel d’Amin al-Husseini qui, le 1er mars 1944, a lancé depuis les ondes de Radio Berlin : «Tuez les juifs où que vous les trouviez, pour l’amour d’Allah, de l’histoire et de la religion !» Israël n’a été créé qu’en 1948, quatre ans plus tard...

Les biographies de Mahomet s’accordent toutes sur le fait que le prophète a eu deux comportements diamétralement opposés mais parfaitement en phase avec sa vision du monde, de son monde. Il a pardonné à sa tribu arabe tous ces méfaits et forfaits le jour de la Conquête de la Mecque, alors que les Quraychites lui avaient déclaré des guerres sanglantes. Toutefois, face aux tribus juives, à l’image des Banu Qurayzah, sa «solution finale» était un massacre, une extermination, de la même nature que celle du samedi 7 octobre 2023 commis par les terroristes Frères musulmans du Hamas. Non, le sionisme n’est pas la cause de l’antisémitisme islamique contemporain. La cause de l’antisémitisme islamique, c’est simplement l’islam. L’antisémitisme islamique est endogène à l'islam et suffit à lui-même. Point.
Une semaine plus tard, devant la machine à café, Chems Eddine et ses collègues profitaient de leur quart d’heure de pause, en regardant la télé au réfectoire de l’entreprise, quand tout à coup, un bandeau Breaking News, sur une chaine d’info en continu, fit état d’une attaque au couteau en cours contre une synagogue. Un rabbin et trois autres victimes, dont un enfant, auraient été égorgés par un homme criant «Allahou Akbar !». La sidération était visible sur les visages marqués de certains employés présents. Eric, le converti, a lâché cette phrase : «Cela n'a rien à voir avec l’islam. Ce n’est pas parce que ce déséquilibré a crié Allahou Akbar qu’il serait musulman». Amar n’a pas dit mot cette fois-ci, lui qui, habituellement, cherche toujours à justifier les attentats islamistes y compris par le biais complotiste. Tareq, surjouant sa tristesse de façade, de circonstance, a eu cette phrase : «Not in my name !» Hassan a tenté d’expliquer que le terrorisme n’a pas de religion, que «l’islam, ça n’est pas ça» et que «les premières victimes du terrorisme étaient les musulmans»...

Chems Eddine, ce musulman très ordinaire, qui a passé sa Nuit du Destin à recharger ses batteries antisémites à la mosquée protégée du coin par les forces militaires de l’Opération Sentinelles, en écoutant les paroles d’Allah et de Mahomet, n’a eu aucun mot, aucune pensée même hypocrite pour les victimes, mais du haut de son cynisme, il a exprimé sa crainte de voir exploser le nombre des «attaques contre les mosquées et les femmes voilées». Mathilde, la nouvelle chargée de recrutement, ne pouvait retenir ses larmes. Chloé, chargée du planning, a quitté le réfectoire tête baissée. Christophe, le responsable du service, assistait à cette scène ubuesque bouche bée. Il ne savait plus quoi dire face à ces déclarations victimaires qui manient à la perfection l’art de l’inversion accusatoire. Christophe, comme d’habitude, est resté muet. Peut-être le contexte ne s’y prêtait pas ? Peut-être préfèrerait-il le confort du pas-de-vagues ? Craignait-il pour sa sécurité, sa promotion et son plan de carrière ? On ne le saura jamais. De toute évidence, face à la pression communautariste, il préfère le renoncement et fait profil bas pour la paix des ménages. Le monde de l’entreprise n’échappe pas à la gangrène de ce vieux-nouvel antisémitisme.

Chems Eddine, qui est à la fois machiniste et délégué du personnel, s’est rapproché de Christophe pour lui demander, d’un ton dominant, de rester vigilant vis-à-vis des «actes islamophobes» qui pourraient cibler les chauffeurs de confession musulmane. Son syndicat, plus vert que rouge, ne laissera passer aucun fait antimusulman, prévient-il. Et la sécurisation des bus pour les usagers juifs dans ce climat de pogroms ? Cela n’était et ne sera jamais une préoccupation pour Chems Eddine. En somme, des juifs sont massacrés, parce que juifs, et ce sont des mahométans antijuifs qui se victimisent à la première heure...
On penserait à tort qu’il s’agirait ici d’une fiction et que des Chems Eddine n’existeraient pas. A dire vrai, le réel dépasse désormais, et de loin, la fiction. Un autre Chems Eddine, recteur de la mosquée algérienne à Paris, dite «Mosquée de Paris», plus habile et très écouté à l’Elysée comme dans de nombreuses rédactions, ment comme un arracheur de dents lorsqu’il déclare qu’ «il est anormal qu'un musulman soit antisémite» (sic). Les textes fondateurs de l’islam de Mahomet, lus tous les jours dans les mosquées en France, récités durant le Ramadan et psalmodiés durant la Nuit du Destin, démentent formellement son affirmation. Comme l’autre machiniste, il verse avec préméditation dans la victimisation à outrance lorsqu’il «dénonce la libération progressive d'une parole raciste et haineuse contre les musulmans de France». Il est dans son rôle, celui de la diversion à dessein. Les textes sont têtus et les faits historiques aussi...
On n’oubliera pas que, lorsqu’en mai 1945, le collaborateur Hadj Amin al-Husseini a fui l’Allemagne, en passant par la Suisse, il a résidé pendant presque une année en France, à proximité de Paris, mi-surveillé, mi-protégé. Les archives dévoilent de très bonnes relations entre al-Husseini et Si Kaddour Benghabrit, le premier recteur de ladite «Mosquée de Paris». L’ancêtre de Chems Eddine a même organisé un festin en l’honneur du mufti de la collaboration, à l’occasion de l’Aïd. La mosquée algérienne a pris soin de lui et lui a même fourni un cuisinier attitré pour ses repas, jusqu’à son départ vers le Caire en mai 1946, sous la pression des autorités du monde islamique et d’une lettre menaçante d’un certain Hassan al-Banna, le fondateur des Frères musulmans...

La France d’hier n’a pas eu le courage de juger et de condamner ce collabo musulman antisémite notoire pour crimes de guerre ou pour apologie de crimes contre l’humanité. Elle avait peur des émeutiers dans ses colonies au Maghreb. Aujourd’hui, une parole forte de l’Elysée, contre l’antisémitisme islamique, en particulier, se fait attendre comme si l’Etat avait aussi peur des petits-enfants des émeutiers d’hier, qui ne résident plus sur la rive sud de la Méditerranée, mais qui manifestent leur antisémitisme décomplexé au cœur de Paris, des deux côtés de la Seine. Profitant des renoncements de l’Etat, des Chems Eddine continueront à semer la terreur dans un partage des rôles entre les méchants qui galvanisent et les gentils qui hypnotisent, entre le Chems Eddine de la machine à café et le Chems Eddine de la machine à duper.
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