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Graines du mal : les douze pistons de la mécanique islamique de la peur (extrait)

  • mohamedlouizi
  • il y a 17 heures
  • 20 min de lecture

Imaginons que nous soulevions le capot d'une vieille 2 chevaux bleue. À l'intérieur, c'est la simplicité même : deux cylindres qui se font face. Pour que la voiture avance, le piston doit compresser un mélange d'air et de carburant. Plus on compresse, plus l’explosion sera forte. Une étincelle provoque l'explosion et dégage une chaleur. L'énergie produite renvoie le piston vers le bas, convertissant ainsi la chaleur en mouvement. Dans cette 2CV, il y a du jeu. Entre chaque coup de piston, il y a un temps mort, un souffle. Si vous levez le pied de l'accélérateur, le carburant n'arrive plus, la compression s'arrête et la voiture ralentit tranquillement grâce au frein moteur. Le conducteur est le maître du rythme ; il peut freiner, s'arrêter, ou changer de route à tout moment. C'est l'image d'un esprit libre : il subit des pressions, mais elles lui laissent de l'espace pour respirer, pour douter, pour choisir.


​Imaginons maintenant que l'on passe à un tout autre monde. Nous sommes devant un bolide vert de course très sophistiqué dont le moteur compte douze pistons monstrueux. Ici, le carburant a changé. Son énergie n'est plus de l'essence mais de la peur à l’état pur. Dans ce moteur, la compression est devenue totale, étouffante. Les douze pistons sont synchronisés avec une précision terrifiante : dès que la peur d’Allah finit de pousser, la peur des supplices de la tombe s'enclenche, suivie par la peur de l'Enfer, de l'impureté, du qu’en-dira-t-on ou du regard scrutateur des autres. Il n'y a plus aucun temps mort. L'individu est maintenu dans une combustion permanente qui dévore son énergie, son sommeil et sa capacité à raisonner.


​C’est ici que le piège se referme. Dans ce bolide, les freins ont été presque sectionnés. Ce système de freinage, c'est l'esprit critique et le doute. Le bolide est mis sur mode automatique. La plupart des capteurs de la route, de la vitesse et du freinage sont presque tous inhibés. Sans tous ces équipements, la puissance du moteur est telle que l'inertie emporte tout. Le conducteur ne conduit plus ; il est simplement assis dans une machine qui s'auto-alimente. Chaque doute est immédiatement écrasé par le piston suivant. Sans freins, son bolide, en mode automatique, ne peut plus s'arrêter, même s'il voit le mur s’approcher, même s’il voit des personnes traverser la route ou se balader dans un marché de Noël ou sur la promenade de la Baie des Anges… Il est condamné à la vitesse absolue, poussé par une mécanique mortifère qui a transformé son instinct de survie en un moteur fatal à explosion que personne, pas même lui, ne sait plus couper.


Des études récentes, comme celle de l'IFOP pour la revue Écran de Veille, publiée en novembre 2025, montrent que ce moteur fatal tourne désormais de plus en plus vite chez les jeunes musulmans. Quand 59 % d'entre eux, âgés de 15 à 24 ans, sont favorables à l’application de la charia dans les pays non musulmans, c'est que la vitesse de la peur est devenue plus forte que la force de la raison. Le bolide est lancé, et il semble impossible de l'arrêter. Examinons maintenant ces douze pistons de la peur, l’un après l’autre…


Peur de la puberté et du Taklif


En islam, les adolescents sont mis sous cloche. Cela génère une peur qui réside dans le basculement brutal de l’enfance vers l’âge de la responsabilité spirituelle, morale et pénale. La puberté n’est pas vécue comme une évolution biologique naturelle, mais comme l’entrée dans l’âge du Taklif (التكليف) : le fait pour Allah d’imposer à l’homme ou à la femme un ensemble de devoirs et d’interdictions. C’est l’âge islamique de la responsabilité religieuse. C’est le moment où la soumission devient une obligation. C’est l’instant où le compteur des péchés s’active. Un ange à droite relève et note les bonnes actions ; un ange à gauche relève et consigne les péchés. Le Coran dit : «Nous avons effectivement créé l’homme et Nous savons ce que son âme lui suggère. Nous sommes près de lui que sa veine jugulaire quand les deux [anges] recueillants, assis à droite et à gauche, recueillent. Il ne prononce pas une parole sans avoir auprès de lui un observateur prêt à l’inscrire.»[1]


L’enfant innocent devient soudainement un adulte comptable de chaque pensée et de chaque geste devant Allah, transformant l’éveil du corps en une source d’angoisse métaphysique. Ce moment est situé pour Fatoumata entre 8 et 13 ans. Concernant Hugo, c’est entre 9 et 14 ans. À partir de cet âge et même avant, l'idéologie sature l'esprit de l’enfant de textes divers et variés parmi lesquels le Hadith de la plume (حديث رفع القلم). Mahomet a dit : «La plume est levée pour trois personnes : celui qui dort jusqu'à ce qu'il se réveille, l'enfant jusqu'à ce qu'il soit pubère, et le fou jusqu'à ce qu'il retrouve la raison»[2]. Ce hadith est utilisé pour signifier que dès la puberté, la plume divine enregistre tout sans répit. Cette pression est renforcée par l'injonction faite aux parents de surveiller le respect des obligations rituelles. Mahomet a dit : «Ordonnez à vos enfants d’accomplir la prière dès l’âge de sept ans ; frappez-les à l’âge de dix ans s’ils ne l’accomplissent pas, et séparez-les dans les lits»[3].


L’enfant doit désormais trier chaque parole, chaque fait et geste, à travers le prisme établi par les jurisconsultes musulmans distinguant des catégories d’al-Houkm al-Taklifi (الحكم التكليفي) : le jugement légal contraignant. Théoriquement, les paroles et les actes sont répartis en cinq catégories. Premièrement, le wajib (واجب), c’est ce que le législateur a ordonné de manière contraignante et obligatoire. Deuxièmement, le mandoub (مندوب), c’est ce qui est demandé par le législateur mais sans caractère obligatoire. Il est simplement recommandé. Troisièmement, le moubah (مباح), c’est ce que le législateur laisse le choix entre le faire ou ne pas le faire, soit une zone neutre. Quatrièmement, le makrouh (مكروه), détestable, c’est ce que le législateur demande de délaisser mais sans interdiction formelle. Enfin, le haram (حرام), l’interdit, c’est ce que le législateur a ordonné d’abandonner de manière stricte et contraignante. Le législateur signifie Allah et Mahomet.


Cette fragmentation est aggravée par l'instabilité des normes islamiques elles-mêmes : l'enfant ne fait pas face à une «loi» religieuse unique, mais à une jungle d'interprétations divergentes selon que l’on soit sunnite ou chiite, et lorsque l’on est sunnite, comme la plupart des musulmans en France, les interprétations divergent selon les Madhahib du fiqh (مذاهب الفقه) : les écoles de jurisprudence. Ces écoles sont toutes présentes et représentées en France, reflet de la  sociologie et de la démographie de l’immigration musulmane.


Dans la même classe, on peut trouver un élève de rite malikite car originaire du Maroc. Un autre de rite hanafite, car originaire de la Turquie. Un troisième de rite chafiite, car originaire de l’Égypte. Un quatrième de rite hanbalite, car ses parents sont des salafistes influencés par le wahhabisme saoudien. Et un cinquième, issu d’une famille de convertis qui bricole une religiosité de zapping trans-rites. La conséquence, ce qui est jugé comme une simple dépréciation (makrouh) dans le rite hanafite peut devenir un péché formel (haram) pour un hanbalite, bonjour les guerres de religion, plongeant les adolescents dans des conflits qui les dépassent, et accentuant une insécurité juridique permanente. Face à cette complexité technique du fiqh, l'entourage et les prédicateurs en ligne, optent souvent pour une simplification radicale, réduisant la pratique de l’islam à une binarité : halal ou haram, licite ou illicite.


Pour contrebalancer cette angoisse de l'interdit religieux, l'enfant entre dans une véritable « bourse » où l’on échange les invocations, les prières et d’autres paroles et actions contre des  hassanates (حسنات) : bonus, points positifs et unités de récompense divine. En face, il y a les sayyiates (سيئات) qui sont le pendant négatif des hassanates : malus, points négatifs et unités de sanction divine. Il apprend que chaque bonne action est soumise à un coefficient multiplicateur de (x10) et que chaque mauvaise action est comptabilisée sans coefficient multiplicateur. Le Coran l'affirme : « Quiconque viendra avec le bien aura dix fois l’équivalent ; et quiconque viendra avec le mal ne sera rétribué que par son équivalent »[4].


Cette logique comptable devient obsessionnelle et excite la quête de performance. L'adolescent apprend que si les hassanates bénéficient de multiplicateurs généreux, chaque mauvaise action est un poids net et définitif consigné par l'ange de gauche. S'installe alors une dynamique de compensation épuisante : chaque «péché» commis, ou perçu comme tel, déclenche un besoin compulsif d'actes rituels, pour tenter d'effacer la dette avant que le registre comptable ne soit clos. Alors que d’autres enfants de son âge sont dans l’insouciance nécessaire et légitime et cherchent des Pokémon, Hugo cherche des bonus. Prier à la mosquée en groupe multiplie la récompense par 27. Accomplir une prière à La Mecque, avec ses parents, la multiplie par 100 000. Certaines périodes deviennent des moments de récolte intense, comme la Nuit du Destin, la nuit d'Al-Qadr (ليلة القدر) durant le Ramadan, présentée comme valant «plus de mille mois»[5] de prières.


La vie intérieure n’est plus un cheminement moral. Les pratiques rituelles ne sont pas de simples propositions et recommandations qui respecteraient la liberté de choix des pratiquants : elles sont des obligations soumises à des contraintes contraires à la liberté du culte. La vie spirituelle se transforme en une course contre la montre pour mieux gérer les flux des stocks bonus-malus, où l'on tente désespérément de faire pencher la balance du côté droit, du côté des hassanates et des mérites, pour échapper aux supplices promis à ceux dont le poids des sayyiates l'emporterait, et pour compenser la terreur qui hante ceux qui faillent, ceux qui pèchent, décrits dans des récits très imagés, comme celui des gens pendus par les tendons, pour avoir rompu le jeûne du Ramadan, ancrant l'obéissance par l'effroi visuel. Mahomet a dit : «Pendant que je dormais, sont venus à moi deux hommes qui me prirent par les bras et m’emmenèrent sur une montagne abrupte. Ils dirent : «Escalade !». Je dis : «Je ne pourrai pas le faire !». Ils dirent : «On va t’aider.» Je montai et lorsque j'atteignis le milieu de la montagne, j'entendis des voix intenses. Je dis : «Quelles sont ces voix ?» Ils répondirent : «Ce sont les hurlements des habitants de l’Enfer.» Puis ils m’emmenèrent jusqu’à ce que je rencontre des gens pendus par les pieds, les coins de la bouche fendus et ruisselant de sang. Je dis : « Qui sont ces gens ?» Ils dirent : «Ceux qui rompent leur jeûne [du Ramadan] avant l’heure prescrite de la rupture du jeûne.»»[6]


Ibrahim se retrouve alors piégé dans une schizophrénie juridique : il doit assumer simultanément deux statuts incompatibles. Aux yeux du Code civil français, il est mineur, jugé immature et incapable de discernement complet, mais aux yeux de l’islam, il est Moukallaf (مكلف) : celui à qui Allah et Mahomet ont imposé un ensemble de devoirs et d’interdictions. D’un côté, l’excuse de minorité, ce principe fondamental du Droit pénal français, le protège jusqu’à ses 18 ans, même lorsqu’il participe activement à des émeutes urbaines, casse, brûle et tire au mortier d’artifice sur la façade du commissariat de proximité, ou lorsqu’il forme avec d’autres délinquants une «Baby mafia» pour piller des commerces de la Ville Rose, sous le voile de la nuit... De l’autre côté, dès sa première éjaculation à 11 ans, il devient adulte spirituel pleinement responsable devant Allah. Ses fautes peuvent le mener en Enfer. La République reconnaît sa présomption de non-discernement jusqu’à ses 13 ans. Entre 13 ans et 18 ans, il est jugé comme un mineur , la priorité étant donnée à l’éducation. Au-delà, il devient majeur et la priorité passe à la sanction. Hormis pour le fou, l’islam ne reconnait pas cette présomption, puisqu’il conditionne le discernement pénal par le réveil hormonal des testicules.

     

Cette dissonance crée un individu adulte-enfant, ni adulte, ni enfant, à qui l’on refuse l'autonomie de la majorité civile tout en lui imposant la terreur des responsabilités pénales islamiques. Ce conflit de statuts empêche toute transition sereine vers l'âge adulte et place Ibrahim dans un état de vulnérabilité permanente. La simplification binaire vers le « tout haram » agit ici comme un couperet social : elle force l'adolescent à une auto-exclusion préventive au sein de l'école française, percevant la mixité ou les savoirs profanes comme des trahisons envers les obligations du Moukallaf.


Cette mécanique de contrôle s'adapte au sexe de l'enfant. Disons qu’elle est «genrée». Pour Ibrahim, le Taklif exige une virilité disciplinée par la mosquée et la gestion des pulsions. Pour Fatoumata, la puberté marque l'entrée dans l'ère de l’invisibilisation du corps : avec l'obligation immédiate du voile, elle devient comptable de sa propre pureté mais aussi de la «tentation» (Fitna) qu'elle représente, aux yeux de l’islam, et qu’elle peut causer à Ibrahim : ce petit mammifère surexcité qui a désormais des glandes génitales fonctionnelles. Pour l'un comme pour l'autre, les conséquences sont lourdes : l'apparition des signes biologiques devient un signal d'alarme déclenchant une hypervigilance obsessionnelle. À ce titre de Moukallaf, Ibrahim peut parfaitement prétendre à rejoindre les enfants-soldats du califat. Fatoumata peut se marier avec un homme qui fait trois ou quatre fois son âge. Cependant, les deux ne sont pas majeurs responsables civilement et pénalement aux yeux de la loi de la République.

 

Peur du corps féminin


L’islam considère le corps de la femme comme une entité intrinsèquement subversive pour l'ordre social et la piété masculine : le corps féminin est une «Fitna» (فتنة), source de tentation, d’épreuve, de désordre social. En France, cette vision choque à juste titre. Le corps, féminin ou masculin, est un espace de liberté individuelle. Depuis la révolution sexuelle et l’apparition des vrais mouvements féministes, le corps n’est ni coupable, ni dangereux en soi. Si trouble il y a, la responsabilité incombe à celui qui regarde et non à celle qui est regardée. La vision islamique se heurte à la laïcité française, notamment au principe de la liberté de conscience, déclenchant à répétition saisonnière des conflits provoqués par les frérosalafistes autour du voile, du niqab, de l'abaya ou du burkini. Ces vêtements ne sont pas présentés aux adolescentes comme des choix, comme le prétendent des néo-féministes islamo-compatibles de la gauche-Mollahs, mais comme des boucliers contre une impureté fondamentale. Le slogan orwellien racoleur «Ma liberté est dans le hijab, ma beauté est dans le hijab», soutenu financièrement par ailleurs par une Union européenne à la dérive, est contredit par le conditionnement des fillettes mineures : on ne choisit pas librement ce qui nous est présenté, dès l'enfance, comme la seule alternative à l'indécence présumée ou au péché.


​Le dogme islamique s'appuie sur le Coran, les hadiths de Mahomet et les avis des jurisconsultes pour instaurer une surveillance mutuelle. S’il est vrai que dans aucun verset le Coran n’ordonne à la femme musulmane de cacher ses cheveux, il commande : «Dis aux croyants de baisser leurs regards et de garder leur chasteté. C’est plus pur pour eux. [...] Et dis aux croyantes de baisser leurs regards, de garder leur chasteté et de ne montrer de leurs atours que ce qui en paraît et qu'elles rabattent leurs voiles sur leurs poitrines […]»[7]. Ici, le Coran parle de poitrine et non de chevelure en kératine. L'islam conquérant durcit cette recommandation en menace, citant le hadith : «Je n'ai laissé après moi aucune Fitna plus nuisible aux hommes que la tentation des femmes»[8]. Le célèbre hadith d’Asma est mobilisé. On raconte qu’une fille nommée Asma, fille d’Abou Bakr al-Seddiq, entra chez Mahomet avec des vêtements fins. Ce dernier se détourna d’elle et dit : «Ô Asma ! Quand la femme atteint l’âge de la puberté, il ne convient plus que l’on voie d’elle autre chose que ceci et ceci», et il montra son visage et ses mains[9]. Puisque seuls le visage et les mains sont exclus, les cheveux sont par déduction inclus dans l’obligation du voilement.


Pour les filles, le non-respect de ses standards islamiques est associé à la damnation et au châtiment. Un hadith effrayant et très imagé attribué à Mahomet décrit des femmes «habillées mais nues» qui «n'entreront pas au Paradis et n'en sentiront même pas l'odeur». Mahomet a dit : «Il y a deux catégories des gens de l'Enfer que je n'ai pas encore vues : Des gens qui ont avec eux des fouets comme des queues des bovins avec lesquels ils frappent les gens. [Et] des femmes vêtues mais nues, qui séduisent et qui sont séduites (ou qui penchent et font pencher), leurs têtes sont comme des bosses de chameaux penchées. Elles n'entreront pas au Paradis et n'en sentiront pas l'odeur, alors que son odeur se sent à une distance de telle et telle (très longue distance).»[10]


Question d’odeur, Mahomet en a rajouté un pschitt. Dans un autre hadith, il a dit : «Toute femme qui se parfume, puis passe devant un groupe de personnes afin qu’ils sentent son odeur, est alors une zania (une fornicatrice)» En revanche, Mahomet a dit : «Le lavage du vendredi est obligatoire pour tout homme pubère, de même que le brossage des dents et l’usage du parfum s’il en trouve»[11] Décidément, cet islam ne reconnait pas d’égalité femme-homme pour l’usage du parfum dans l’espace public. Il est incompatible avec l’art du parfum à la française, car le pays de Chanel, Dior, Guerlain, Hermès et Yves Saint Laurent considère l’acte de se parfumer comme un acte d’hygiène, d’élégance, de grâce, de respect pour soi, de respect pour les autres. Un sillage parfumé d’une femme ou d’un homme est toujours une belle signature personnelle, une dédicace raffinée, un air poétique, et non une agression et une incitation sexuelle.


​Cette peur met les filles musulmanes sous tension permanente. Une obsession de dissimuler tout centimètre carré de la peau visible d’une fillette, tout cheveu rebelle qui cherche un rayon de soleil, s’empare d’elles. Chez le garçon, le «baisser de regard» devient une manœuvre d'évitement défensif. Chez la fille, cela génère une angoisse religieuse allant jusqu’à détester ce corps qui séduit et provoque. Les polémiques sur l'abaya illustrent cette stratégie : en transformant un vêtement en marqueur de pureté, l'islam conquérant force la jeune fille à choisir entre sa loyauté envers la Oumma de l’islam et son appartenance à la communauté nationale, la menaçant d'exclusion spirituelle si elle cède à la mode et au mode de vie occidental.


​La sexualité se trouve elle aussi dans une impasse génératrice de frustrations extrêmes. La morale islamique de l’interdit anéantit la liberté, l’autonomie et la découverte du corps et de ses plaisirs. Puisque la masturbation est interdite par la majorité des jurisconsultes musulmans qui la qualifient souvent de péché et de faiblesse, puisque les relations consenties hors mariage sont proscrites et frappées de sanctions pénales allant jusqu’à la lapidation, filles et garçons sont placés entre les mâchoires d’un étau que l’entourage religieux, familial et social serre et resserre en permanence. L'islam a trouvé la parade pour assujettir la libido et inhiber l’attraction en prônant alors un «remède» ascétique : la privation par le jeûne. Mahomet a dit : «Ô jeunes gens ! Quiconque parmi vous possède les moyens de se marier, qu'il se marie... et celui qui n'en a pas les moyens, qu'il jeûne, car le jeûne sera pour lui une protection (un bouclier contre le désir»[12].


Cette injonction transforme le désir sexuel naturel – propre à tout mammifère – en une perversion à réprimer par la faim, la soif et l’abstinence. Il en résulte, chez une jeunesse à qui l’on interdit les jeux de séduction et toute relation en dehors du mariage islamique, une tension psychique constante. L'autre n'est plus un partenaire potentiel désirable, mais un objet de tentation insupportable. Ce mécanisme alimente, envers les femmes qui ne se conforment pas au code du voilement, un mépris profond qui se traduit par une agressivité systématique dans l'espace public et dans l’espace privé. Cela va du harcèlement de rue aux viols de femmes de tout âge – des plus jeunes aux vieilles dames agressées jusque dans leurs appartements ou les rames de métro – et culmine dans des assassinats commis dans les bois par des frustrés sexuels, en situation irrégulière, qui n’ont rien à faire sur le territoire national.


Peur d’incarner le Dayyouth


Cette peur est le corollaire masculin indispensable du contrôle du corps féminin. Si la femme est perçue comme une source de Fitna et de débauche, l’homme est investi de la mission de contenir ce danger. L’origine de cette peur réside dans l’effroi de perdre sa virilité religieuse en devenant un «Dayyouth» (ديوث) : un homme qui manque de jalousie protectrice ou «Ghayra» (غيرة) et qui laisse les femmes de son foyer, sa grand-mère, sa mère, sa sœur, sa femme, sa fille, sa belle-fille, sa petite-fille, agir ou se vêtir avec liberté. Pour l’islam, la dignité d'un homme ne se mesure pas uniquement à ses actes personnels, mais aussi à sa capacité à surveiller et à contraindre les femmes de sa famille.


Le site islamweb.net, financé par le Ministère des affaires religieuses du Qatar, dans sa version en français, définit dans une fatwa du 26 septembre 2016, le Dayyouth en ces termes : «Le Dayyouth est celui qui consent au vice au sein de sa famille et ne ressent aucune jalousie par rapport à ce qui peut compromettre l'honneur et la dignité de cette dernière. Il est mentionné dans al Mawsou’a al fiqhiya (Encyclopédie juridique) concernant la définition du mot Diyyatha (دياثة) : Dans le jargon juridique, les définitions du mot Dayyouth ne diffèrent pas beaucoup de sa définition linguistique et convergent toutes vers le même sens, à savoir la disparition de la jalousie qui fait qu'un homme ne ressent aucune gêne par rapport aux turpitudes commises par les femmes de sa famille, telle que sa femme, sa fille, sa sœur ou toute femme sur laquelle il a autorité.»[13]


​Le récit de l’islam utilise une menace de châtiment eschatologique violente. Mahomet a dit : «Trois personnes n'entreront jamais au Paradis : celui qui est désobéissant envers ses parents, le Dayyouth, et la femme qui imite les hommes»[14]. Pour marquer les esprits, des prédicateurs musulmans utilisent souvent une métaphore zoologique frappante : ils affirment que la consommation de porc est interdite car le porc serait le seul animal Dayyouth ne manifestant aucune jalousie envers sa femelle. N’importe quel autre mâle pourrait venir l’approcher, et plus si affinités, en sa présence sans qu’il ne manifeste le moindre frétillement de queue, tout en restant vautré dans sa fange. En ingérant cette viande, le musulman risquerait d'absorber cette passivité impure. Cette rhétorique vise à transformer le respect de l'autonomie et de la liberté des femmes en une bestialité dégoûtante et indigne d'un musulman.


​Cette mécanique opère un transfert pervers de culpabilisation qui contredirait, partiellement, le texte coranique. Je dis «partiellement» car le Coran, dans un verset d’une sourate mecquoise, stipule clairement : «Nulle [âme] ne portera le fardeau d’autrui»[15], au sens que personne ne sera jugé pour les péchés d’un autre et que chaque être humain ne porte que le poids de ses propres actes. Toutefois, le Coran, dans une sourate médinoise, cette fois-ci, dit : «Ô vous qui avez cru ! Préservez vos personnes et vos familles d’un Feu dont le combustible sera les gens et les pierres, surveillés par des Anges rudes, durs, ne désobéissant jamais à Allah»[16], ce qui laisse entrevoir le début d’un transfert de responsabilité.


L'islam conquérant privilégie cette seconde version et impose une lecture inverse où le salut de l'homme dépend du comportement de la femme. Cette vision est affirmée par un autre hadith de Mahomet qui a dit  : «Chacun d'entre vous est un berger et chacun d'entre vous est responsable de son troupeau. Le gouverneur est un berger et il est responsable de ses sujets. L'homme est un berger dans sa famille et il est responsable de son troupeau. La femme est une bergère dans la maison de son époux et elle est responsable de son troupeau...»[17] On explique alors à Chloé que si elle ne se voile pas, c'est son père ou son frère qui sera châtié en Enfer. Ce chantage affectif transforme le père, le grand frère et le jeune adolescent en gardiens de prison domestique : terrifiés par ce déshonneur spirituel, ils surveillent les réseaux sociaux, le répertoire téléphonique et les tenues des femmes de leur foyer pour sauver leur propre âme de la figure infamante du Dayyouth.


Le statut du «grand frère», mâle dominant, vient barricader cette prison provoquant des conséquences graves : rupture profonde de la fraternité et de la confiance familiale. Sur la personne, cette peur crée une personnalité contrôlante où la violence devient souvent le seul moyen de prouver une virilité se drapant du sacré devant une communauté de voyeurisme et de commérage. Pour l'entourage, cela condamne Fatoumata à vivre sous une double surveillance : celle d’Allah et celle d’Abdallah. Cette mécanique brise la complicité naturelle entre frères et sœurs pour la remplacer par un rapport hiérarchique fondé sur la méfiance, où grand et petit frères ne voient plus en leur sœur une égale, mais un risque permanent de damnation éternelle pour eux-mêmes. Combien de crimes d’honneur ont été commis sur le fondement de cette abomination liberticide ? Combien de féminicides sont la conséquence directe de ce dogme criminel ?

  

A l’heure où l’immigration en France, qu’elle soit légale ou illégale, est principalement alimentée par des flux venant de pays où l’islam est religion dominante voire exclusive, il conviendrait de tenir compte des risques culturels, liés à cette immigration, qui bouleversent déjà tant de territoires perdus de la République. Si tous les pays à l’origine de cette immigration ont des visions parfois antagonistes par rapport à la reconnaissance, ou pas, des « crimes d’honneur », en tant que tels, et peuvent avoir dans leurs codes pénaux respectifs des dispositifs qui excusent les homicides volontaires pour adultère et tiennent compte de circonstances atténuantes quand un homme tue sa femme, sa fille ou sa sœur au titre de l’honneur familial, il est néanmoins crucial de redoubler de vigilance pour que les mœurs religieuses et tribales de là-bas ne viennent pas structurer les cités d’ici. Le conflit des normes ne doit en aucun cas justifier ou faire accepter les normes importées dans les valises des immigrés.


Comment neutraliser l'influence de ces codes pénaux étrangers importés par l'éducation ou la tradition, en réaffirmant que l'honneur ne devra jamais être une circonstance atténuante, afin de garantir à Imane, Chloé, Fatoumata et à toutes les autres filles et les autres femmes, quelle que soit leur origine, la pleine liberté de disposer de leur corps et de leur vie ? Comment leur garantir une protection infaillible à l’heure où, dans certaines zones, les prémices d’une Hisbah[18] (الحسبة), d’une «police des mœurs», informelle, se manifestent par un contrôle social de plus en plus prégnant dans certains territoires, dans certains quartiers ? Car l'impact de la Hisbah sur les libertés individuelles est dévastateur.


En effet, sans parler de nombreux versets coraniques à ce sujet, Mahomet rend obligatoire l’élimination de tout acte jugé blâmable : «Celui d’entre vous qui aperçoit une chose répréhensible, qu’il la corrige de la main ; s’il ne le peut, [qu’il le fasse] de sa langue ; s’il ne le peut, [qu’il le fasse] de son cœur, cette dernière attitude constituant le degré le plus faible de la foi.»[19]  La Hisbah anéantit l'espace privé pour le transformer en un lieu de surveillance digne d’un Big Brother. En faisant peser une menace de mort constante sur l'homme au moindre écart de conduite de ses proches de sexe féminin, par rapport aux normes islamiques, elle force ce dernier à devenir lui-même le flic, voire le bourreau de son propre foyer par instinct de survie physique ou sociale.


Si l’État ne prend pas des mesures sérieuses et efficaces pour arracher les racines de ce fléau, les prémices informelles d’aujourd’hui seront demain des institutions formelles. Ce jour-là, tout choix libre d'une femme ou d’une fille qui ne plairait pas aux islamistes peut entraîner l'exécution de son mari, de son frère ou de son père dans le cas où le mari, le frère ou le père n’exécute pas la femme ou la fille. Car la Hisbah ne se contente pas de restreindre la liberté de mouvement ou d'expression; elle détruit la liberté de conscience et tout sentiment d'affection, en imposant une terreur psychologique et criminelle où chaque membre de la famille devient potentiellement la cause de la mort de l'autre sous l'accusation infamante de Dayyouth.


Le sujet n’est pas à prendre à la légère quand on sait que plus de cent mille Afghans, par exemple, vivent en France et que les demandes d’asile étaient en hausse exponentielle en 2025. Si on rajoute à cela d’autres populations musulmanes réfugiées venant de la Tchétchénie, de l’Irak, de la Libye et j’en passe, sans parler des jihadistes «revenants» de Syrie ou ceux qui ont fait escale en Ukraine, et qui peuvent venir s’installer en France après la fin de la guerre, le sujet prend une tout autre dimension. Car des groupes jihadistes, comme les Talibans, l’État Islamique, Boko Haram, ou certains individus isolés, ont utilisé l'accusation de Dayyouth pour justifier l'exécution ou la persécution d'hommes.


En qualifiant un homme de Dayyouth, les jihadistes rendent son sang licite et autorisent son assassinat en recourant à un hadith attribué à Mahomet que des jurisconsultes désapprouvent et considèrent comme étant un hadith apocryphe. Ce texte ordonne : «Tuez celui qui n’a pas de jalousie (protectrice) !» Aussi, ces jihadistes suivent une logique qui va du jugement au meurtre. Dès que le jugement moral est prononcé, ils s'appuient sur le hadith précité «Le Dayyouth n'entrera pas au Paradis». Cette logique se présente ainsi : si le Paradis lui est interdit, c’est qu’il est «mécréant» ou «apostat». S’il est «mécréant» ou «apostat» qui «corrompt la terre», son sang devient donc «licite». L'accusation de Dayyouth devient  synonyme d'apostat et l’on sait que Mahomet a dit : «Celui qui change sa religion, tuez-le !»[20] La boucle est bouclée.

 

Sous Daech, des hommes ont été exécutés publiquement pour ne pas avoir imposé le port du niqab à leurs proches. Au Sahel et au Nigeria, des hommes ont été tués pour avoir permis à leurs filles d'aller à l'école ou à leurs femmes de travailler. En dehors des zones de guerre, la pression sociale, liée à cette accusation, a pu déclencher des assassinats. Des intellectuels qui prônent l'égalité hommes-femmes subissent des pressions et vivent sous des menaces permanentes. En 2011, on estimait «entre 15 000 et 20 000 femmes tuées chaque année dans le monde… par un cousin, un frère ou un père craignant l'opprobre de la communauté.»[21] Pour ne citer que quelques tragiques exemples, en 2009, au nom de l’honneur, un père marocain a égorgé sa fille Sanaa el-Katawi âgée de 18 ans dans la province de Pordenone et a blessé grièvement son petit ami italien. L'influenceuse pakistanaise Fouzia Azeem (19902016), connue sous le pseudonyme Qandeel Baloch, a été assassinée par son frère au nom de l'honneur de sa famille. Plus proche de nous, Shemseddine, 15 ans, a été lynché et tué à Viry-Châtillon en avril 2024 par quatre jeunes âgés de 17 à 20 ans, pour avoir eu de simples échanges de textos avec la sœur de deux d’entre eux. L’accusation islamique de Dayyouth tue. La peur d’en être l’accusé pousse des lâches à tuer des innocents pour ne pas subir la mort sociale ou la mort tout court. Ce piston ne connaît pas de répit [...]




Notes bibliographiques :


[1] Sourate 50, versets 16-18

[2] Hadith rapporté par Abu Daoud, an-Nassa'i et Ibn Maajah

[3] Hadith rapporté par Abou Daoud et al-Tirmidhi

[4] Sourate 6, verset 160

[5] Sourate 97, verset 3

[6] Hadith rapporté par an-Nassa'i, al-Tabarani et al-Bayhaqi

[7] Sourate 24, Versets 30-31

[8] Rapporté par al-Bukhari et Muslim

[9] Rapporté par Abou Daoud

[10] Rapporté par Muslim

[11] Rapporté par al-Bukhari et Muslim

[12] Rapporté par al-Bukhari et Muslim

[13] https://www.islamweb.net/fr/fatwa/335506/ Qualifier-un-homme-de-dayyûth

[14] Rapporté par An-Nassa’i

[15] Sourate 35, Verset 18

[16] Sourate 66, Verset 6

[17] Rapporté par al-Bukhari et Muslim

[18] Hisbah : La Hisbah est une institution islamique traditionnelle fondée sur le principe coranique d'« ordonner le bien et interdire le mal » (الأمر بالمعروف و النهي عن المنكر). Historiquement, elle consistait en une inspection des marchés pour garantir la loyauté des transactions et la moralité publique. Cependant, dans sa version islamique contemporaine, elle désigne la police des mœurs chargée de surveiller et de sanctionner brutalement les comportements individuels (code vestimentaire, respect des prières, mixité) afin d'imposer une norme islamique sociale stricte par la contrainte et l'humiliation publique.

[19] Rapporté par Muslim

[20] Rapporté par al-Bukhari

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