top of page
  • mohamedlouizi

Lettre à mon enfant


Mon enfant,

Bien que je sois ton père, je ne te possède pas. Tu ne m’appartiens pas. Tu n’es pas une chose que j’ai acquise. Tu es un être constitué qui trace sa voie singulière au milieu d’une Humanité complexe. Oui, tu es l’enfant de la vie. Tu es l’appel de la vie à elle-même comme nous l’enseigne le Prophète de Khalil Gibran. Quand je t’appelle «mon enfant», ce n’est pas pour marquer une possession, encore moins une autorité parentale, mais c’est pour dire mon attachement à toi, mon affection, mon amour.

Quand je regarde les photos de famille, je mesure le temps qui passe, le sablier de la vie qui coule doucement mais se vide sans illusion. Je me rends compte de toutes ces années qui ont défilé trop vite depuis ta naissance et j’en apprécie l’évolution. Maintenant, tu n’es plus ce bébé dépendant. Tu conquiers ton autonomie, obstinément. Tu n’es plus ce petit bout de chou qui trébuche. Tu es debout, solidement. Tu ne pleures plus pour exprimer un besoin. Tu t’affirmes, adroitement et parfois maladroitement, mais peu importe...

Intuitivement, je ressens un besoin mystérieux de m’adresser à toi de cette manière, à ce moment précis de mon existence, en ce début d’année. Ne me demande pas pourquoi. Je ne sais pas. C’est ainsi. Non que la communication entre nous serait difficile ou interrompue, tu le sais déjà, mais peut-être à travers toi, mon propos pourrait intéresser d’autres parents, d’autres enfants, puisque les sujets que j’y aborde concernent ma génération et la tienne. Peut-être dois-je me livrer à cet exercice inhabituel aujourd’hui avant demain. On ne sait de quoi demain sera fait…

Mon enfant,

Je suis né au Maroc. J’ai fait mes premiers pas dans ce pays berbère, régi par la monarchie alaouite chérifienne depuis le milieu du XVIIe siècle, affirmant son islamité mais sans nier les autres apports culturels et civilisationnels enrichissants des volets de son identité plurielle : amazigh, maghrébin, arabe, sahraoui, andalou, juif, chrétien, africain et méditerranéen. A l’école j’ai appris que le Maroc et l’empire romain, le Maroc et le monde de l’islam, le Maroc et la France, le Maroc et l’Espagne, le Maroc et le Portugal, le Maroc et les Etats-Unis d’Amérique, le Maroc et l’Afrique sub-saharienne ont eu, à des époques différentes, des échanges et partagent des passés communs.
Avec la France, le pays qui t’a vu naître, ce fut l’ère du Protectorat français durant la première moitié du XXe siècle. Je t’ai déjà raconté les histoires de tous ces hommes de notre village qui ont combattu, de gré ou de force, sous drapeau français, lors de la première et la seconde guerre mondiale. Je t’ai montré les vestiges du chemin de fer qui traversait jadis les terres de nos ancêtres, construit par la France, ainsi que cette gare ferroviaire, tombée désormais en ruine, faute d’entretien, faute d’horizon. A chaque fois que nous traversons le fleuve Oum Errabiâ, je te montre, au risque de radoter, la Cave de Boulaouane et les vignobles qui s’étendent à proximité, produisant depuis ce temps un cépage connu au Maroc et en France.

Je t’ai raconté les histoires de tous ces hommes, de toutes ces femmes, de notre famille ou pas, fuyant la misère, qui ont quitté le Maroc dans les années soixante et soixante-dix du siècle dernier et se sont installés un peu partout en France. Ils ont fondé des familles et ont relativement réussi leur vie, en partie grâce à la France qui leur a garanti des droits et offert une instruction de qualité pour leurs enfants, un travail, une protection sociale, une couverture médicale, des allocations familiales et des lieux pour pratiquer leur culte. Le Maroc (économique et touristique) doit beaucoup à sa diaspora en France.

Je t’ai montré la statue du général Hubert Lyautey, érigée près du consulat français à Casablanca, témoin historique d’une époque révolue, faite de rencontres et d’affrontements, de constructions et de combats, d’échanges et de tensions, d’avantages et d’inconvénients. Le Maroc d’aujourd’hui n’est-il pas aussi le fruit de cette époque complexe ? N’est-il pas, à certains égards, le produit de ce temps français sur le territoire du Maroc d’hier ? Un héritage qui, en aucun cas, ne doit être déconstruit ou effacé, encore moins à la sauce fanatique décoloniale. Une statue à ne jamais déboulonner. S’il est vivement recommandé de lire l’Histoire, d’essayer de comprendre l’enchainement de ses évènements pour en tirer les leçons pouvant éclairer notre présent et notre avenir, d’assimiler ses enseignements pour en dépasser ses détails, il n’est point souhaité d’annuler l’Histoire ou de réinitialiser la mémoire collective.
Ni toi, ni moi ne sommes comptables de ce passé lointain qui est celui d’une génération disparue, de part et d’autre. Nous ne sommes pas les justiciers de la mémoire marocaine. Personne ne t’a mandaté pour faire valoir de prétendus droits de tes arrière-grands-parents décédés et qui ont vécu la colonisation française. Ton camarade de classe, français depuis plusieurs générations, n’est pas responsable des actes supposés de ses arrière-grands-parents. Nous ne sommes pas les vengeurs des blessures potentielles de nos ancêtres. A chaque époque suffit sa peine…

Mes grands-parents étaient-ils responsables des exactions commises par leurs aïeuls musulmans quand des Marocains et des Arabes ont conquis par le sabre, au nom d’Allah, des terres ibériques ? Ont-ils fait acte de repentance à l’égard de l’Espagne pour les huit siècles de colonisation islamique de l’Andalousie ? Etaient-ils coupables de la traite négrière marocaine qui a traversé les siècles ? Devaient-ils assumer le passé esclavagiste du Maroc et d’autres pays du Maghreb et du Moyen-Orient ? Devaient-ils présenter des excuses et demander pardon aux Africains captivés et enrôlés dans les armés des sultans ? Devaient-ils se repentir devant la terre entière et implorer le pardon pour les crimes contre l’Humanité commis au Mashreq comme au Maghreb par les armées islamiques ? Bien sûr que non. Ils n’y étaient pour rien. De même, la France ne te doit aucune excuse et n'a pas à solliciter ton pardon. Nul ne doit porter le fardeau de ses ancêtres. Il faut savoir casser la spirale du ressentiment intergénérationnel, instrumentalisée par des princes de la guerre civile qui couve à bas bruit, pour ruiner la tranquillité des citoyens français.
Toi, mon enfant, tu es né en France. Tu as fait tes premiers pas sur le sol français. Tu es Français de branche. Oui, mon enfant, tu es Français, tout court. Tu n’as pas de double-nationalité. Tu n’as pas deux cartes d’identités. Tu n’as pas deux passeports. Tu n’as pas deux identités qui se font la guerre. Tu as une seule identité à plusieurs volets. Tu n’as pas deux cultures qui se disputent le poste de commande. Tu as une seule culture à de multiples chapitres. A ce titre, ta loyauté exclusive de citoyen français envers la France, ta patrie, en temps de paix comme en temps de guerre, n’est guère négociable. Car la France est ton pays, ta nation, ta civilisation, ton destin. Ce qui la touche, te touche. Ce qui la menace, te menace. Ce qui l’attaque, t’attaque. Que tu puisses avoir un sentiment de proximité avec le Maroc, avec ses traditions et ses coutumes, au regard des origines de tes parents et des attachements familiaux qui en découlent doit être vécu comme une addition et non comme une soustraction, comme un enrichissement et non comme un déchirement.
La belle langue française est ta langue maternelle. La riche culture française est ta culture. L’époustouflante civilisation française est ta civilisation. L’héritage des Lumières et de la modernité est ton héritage. Le 14 juillet est ta Fête nationale. Le drapeau tricolore, bleu-blanc-rouge, est ton drapeau. Mon enfant, apprends et chante la Marseillaise ! Continue de souhaiter «Joyeux Noël !» à tes amis chrétiens, à tes voisins de toute origine ! Souhaite «Haig Hanouka Sameah» à nos concitoyens juifs ! Le calendrier solaire grégorien est ton calendrier. Tu n’en as pas d’autres. Bonne année à toi, mon enfant !

Quand nous partons au Maroc, durant les vacances d’été, pour rendre visite à notre famille là-bas, je vois tes difficultés de communication. J’entends les phrases mi-arabe, mi-français que tu prononces non sans embarras. J’aurais aimé que tu puisses parler le dialecte marocain de tes grands-parents comme tu parles le français, mais le fait est que nous avons choisi ta mère et moi-même, de ne parler que français à la maison depuis notre mariage. Un choix que nous ne regrettons pas. Je ne t’ai pas confié à la mosquée du quartier pour que tu puisses apprendre la langue arabe, car je ne place aucune confiance dans les structures dites «éducatives», annexées aux lieux de culte musulman. Je les ai pratiquées moi-même dans une vie militante antérieure. J’y ai même enseigné l’arabe et le Coran durant plus de cinq ans à Villeneuve d’Ascq et à Halluin, entre autres…

D’expérience, ces structures sont en majorité des foyers d’endoctrinement islamique sournois, des cellules où l’apprentissage de la langue arabe est mis au service de l’initiation nocive à l’idéologie frérosalafiste hostile à la France, des tableaux de chasse où des proies faciles sont enrôlées par des prédateurs barbus ou imberbes, inféodés selon le cas à l’Algérie, au Qatar, à l’Arabie Saoudite, au Koweït, à la Turquie, au Maroc, aux Comores, à la Tunisie, au Sénégal et à d’autres pays étrangers, pour servir des causes anti-françaises et perpétuer, à travers les nouvelles générations issues de l’immigration, la haine de la France. Tu dois savoir qu’en opposition idéologique à la francophonie et à son rayonnement extra-métropolitain, les islamistes qui se nichent dans les mosquées, ici et là-bas, utilisent l’arabe comme arme linguistique pour saper l’un des piliers fondamentaux de l’identité française : la langue.

Cependant, rien ne t’empêche aujourd’hui ou demain d’apprendre la belle langue arabe à l’université ou dans des centres spécialisés non orientés idéologiquement, comme tu as déjà appris, avec plus ou moins d’aisance et de perfection, l’anglais, l’allemand et le latin. Tu découvriras un monde littéraire insoupçonné fait de récits, de contes, de vers et d’idées stimulant l’esprit et excitant la raison. Tu apprécieras la stylistique arabe et ses figures, autant dans la prose que dans la poésie. Tu accèderas à son univers de métaphore et d’allégorie. Tu discerneras la richesse de sa rhétorique et la splendeur de sa calligraphie. Ma bibliothèque arabe est à toi, mon enfant.

Tu dois savoir que la langue arabe, contrairement à ce que pérorent à dessein ses faussaires, n’est ni la propriété privée de l’islam, ni le code linguistique du paradis et de l’Au-delà. Elle n'est pas la langue exclusive du Coran. De nombreux mots de ce livre ne sont pas arabes. Ils sont d’origine hébreu, syriaque, issus de divers dialectes sémitiques araméens. D’ailleurs, l’islam a emprunté au judéochristianisme moyen-oriental plus que de simples mots. A travers l’histoire et la géographie, l’arabe a toujours été au carrefour de plusieurs contributeurs juifs, chrétiens, musulmans, athées, agnostiques et que sais-je d’autres. Elle a été enrichie autant par les poètes antéislamiques que par des utopistes, des hérétiques, des philosophes, des ivrognes, des mercenaires et des aventuriers. Dans la période contemporaine, elle doit beaucoup, entre autres, à la société littéraire, la Ligue de la plume, fondée au début du XXe siècle à New York par des hommes de lettres syriens et libanais qui furent chrétiens, marxistes,... Des Egyptiens coptes l’ont enrichie tout comme des Libanais maronites ou des Marocains juifs.

Elle a influencé d’autres langues et est influencée, à son tour, par d’autres langues. Elle n’a pas le monopole d’Allah et Dieu n’est pas arabe. Son registre n’est pas uniquement les versets et les hadiths de Mahomet. Que l’inflation religieuse autour de cette langue, en particulier, ne te détourne pas de ses joyaux profanes. Comme toutes les langues, elle vit avec son temps et dit la vie. Elle parle de beauté et de misère, de paix et de guerre, de bonheur et de mélancolie, de jouissance et d’épreuve, de bien et de mal, de féminin et de masculin, de plaisirs et de souffrances, de passé et de futur, de terre et de ciel… Tu peux t’en saisir. Il n’y a pas de temps pour apprendre ce qu’on aime et aimer ce qu’on apprend.

Mon enfant,

Depuis ta naissance, nous avons sanctuarisé ta liberté de conscience. Aucun marquage identitaire, aucun accoutrement idéologique, aucune mutilation génitale pour motif religieux, aucune excision ni circoncision n’ont été imposés ou pratiqués sur ton corps. Ton intégrité physique a été préservée jusqu’à nos jours malgré la pression communautaire et l’ostracisme familial, ancien ou très récent, qui ne voient l’individu que comme nécessairement soumis au diktat d’une communauté théocratique transcendante et totalitaire. Nous n’avons pas cédé et nous ne céderons pas. C’est un combat de tous les jours pour que tu puisses, toi mon enfant, choisir ta voie, échafauder ta foi, librement, sans contrainte. Je ne sais pas si tu te considères musulman ou pas. Peu m’importe. Je ne sais pas si tu crois ou pas. Cela te regarde. Je ne sais pas si tu es au fond déiste, théiste ou athéiste. Ta foi ou son absence est ton affaire à toi, seul face à tes choix. Nous ne t’avons jamais jugé et nous ne te jugerons jamais. Continue de t’émanciper des carcans de la tribu, des jougs de la communauté et des pressions franches ou voilées de la famille !

Nous avons choisi, au fil des années, quelles étaient les traditions religieuses et les coutumes culturelles à conserver, autant que faire se peut, au sein de notre petite famille. Je garderai en souvenir, le restant de ma vie, ton immense joie quand tu déchires l’emballage des cadeaux au pied de notre sapin de Noël illuminé. Je t’ai vu très enchanté quand, l’autre fois, le jour de l’Epiphanie, tu as croqué la fève de la galette des rois et enfilé la couronne. Inutile de décrire ton enthousiasme gourmand en t’apprêtant à partir à la chasse aux œufs de Pâques dans notre petit jardin. Les étoiles dans tes yeux, quand tu t’émerveilles devant le spectacle des feux d’artifice du Nouvel an ou de la fête nationale, en croquant une part de pizza, illuminent mon esprit de mille et une lumières. Et que dire de cet appétit dévorant que tu manifestes devant le bol de soupe marocaine lors des nuits ramadanesques ou devant le couscous inimitable de ta maman, le jour de l’Aïd ? Si nous n'égorgeons pas de mouton, par conviction, nous ne boudons pour rien le plaisir de partager des moments de félicité avec notre famille autour d’un bon repas. Et c’est bien comme ça.
Ce sont ces valeurs-là, mon enfant, que nous honorons à chaque occasion et non les valeurs obscurantistes d’une «religion» pétrifiée, malade de ses perversions intrinsèques et de ses dégénérescences séparatistes. Une «religion» qui, hélas, ne sait relier verticalement les hommes au Ciel que par le biais de la contrainte, de la peur de l’Enfer et de la coercition dès le bas âge. Une «religion» qui ne sait relier les hommes aux hommes, horizontalement, qu’à la seule condition de partager la même idéologie victimaire de conquête, la même vision communautariste, la même foi bêtifiante, les mêmes finalités de domination et les mêmes pratiques d’un autre temps. En somme, une verticalité soumise à la terreur doublée d’une horizontalité productrice de division de l’espèce humaine. Mon islam, ce n’est pas ça. Mon islam n’est pas l’islamisme.

Tout cela n’est jamais fait pour plaire à quiconque ou pour lui déplaire. Cela nous est égal. Cela a un seul et unique fil conducteur : faire nôtres toutes les fêtes, toutes les occasions festives qui célèbrent les passions joyeuses et permettent de faire corps avec notre France, dans sa diversité et d’être en communion avec elle. Agissant de la sorte, en âme et conscience, nous savons tous le prix (social) que nous payons. Car aux yeux des soumis au récit islamiste, intégristes musulmans et islamogauchistes dits «insoumis», nous incarnons les vendus, les traîtres, les apostats, les fachos, les «islamophobes». Aux yeux des intégristes néo-puritains de la droite extrême, impossible pour un Mohamed et sa famille d’être de vrais Français. Mon devoir est de fixer le cap humaniste de la constance, imperturbable, et d’expliquer, de t’expliquer, la carte de mon éphémère voyage sur Terre...
Mon enfant,

Je continuerai de faire tout ce que je peux pour que tu sois. Je ne céderai ni aux coups de pression, ni aux sirènes de la résignation, me sommant de dévier de la voie que j’ai tracée pour moi-même et qui te permet, à ton tour, de tracer la tienne, librement. Si je vis des moments d’autosatisfaction, admirant le chemin parcouru depuis, avec ses hauts et ses bas, si j’observe avec enthousiasme ta marche singulière sur le sentier de la vie, de l’effort, de l’intelligence et de la créativité, je suis, au fond, un père habité par une peur noire, par la crainte que tout cela ne s’arrête un jour, brusquement, et ne se fracasse la figure irréversiblement sur le mur de nouveaux totalitarismes.

Autant je t’ai armé intellectuellement et éthiquement, me semble-t-il, contre les fléaux du racisme, de l’antisémitisme, de l’homophobie, de l’extrémisme religieux, du sexisme, du consumérisme, de la drogue, de l’alcoolisme, des violences, des crimes, autant je suis inquiet quand je vois l’accélération, au sein de notre société, du crétinisme digital, du tiktokisme, du snapchatisme, de l’instagrammisme, de l’exhibitionnisme numérique, du dématérialisme à tout va, y compris des relations sociales, et de l’ensemble des dérives recherchées ou induites par les réseaux asociaux et par le militantisme 2.0 en quête d’images-choc et de sensations fortes même si cela dessert les causes défendues…

Je fais partie de cette génération née après le premier choc pétrolier des années soixante-dix du siècle dernier. Je suis à la fois l’enfant de la ville et le fils de la campagne marocaine, citadin et rural à la fois, élève de l’école et apprenti dans les champs et les plaines. J’observe notre mère-nature et je vois ce qu’elle endure. Nous lui devons tout mais elle demeure généreuse. Elle pardonne nos excès et régénère nos sources d’air, d’eau et de chaleur car son attachement à la vie est plus fort que tout. Mère nourricière, elle souffre de la pollution du sol, de l’air, des mers et des océans, de l’exploitation sauvage de ses ressources souterraines, de la disparition de ses espèces, de l’effondrement de ses équilibres, en partie, à cause de nos activités humaines économiques, industrielles, militaires et énergétiques, mais elle donne d’autres signes de bonne santé, par ailleurs, dont l’on doit tenir compte pour ne pas assombrir le tableau et légitimer d’autres impôts abusifs...

Certes, nous devons protéger notre planète, notre nature et notre environnement mais pas n’importe comment, ni avec n’importe qui, encore moins au nom d’un écologisme politique punitif, saturant les médias mainstream par un seul et unique récit idéologique catastrophiste lucratif, produit par des cabinets de conseils, manipulant, à dessein, les émotions de la foule par les sorties émotives d’une jeune suédoise déscolarisée un temps... Que la protection de l’environnement ne légitime point la destruction spectaculaire des œuvres d’art et des espaces culturels par de la colle, de la peinture, de la purée...
Je souscris au commentaire de mon ami Aurélien concernant la militante Charlotte, une bourgeoise âgée de vingt ans. Elle a aspergé la façade de l’Hôtel de Matignon de peinture orange. Elle est apparue dépressive et en larmes, avant son passage à l’acte, dans une vidéo sur les réseaux sociaux. Aurélien dit que «si l'Education Nationale faisait son boulot, Charlotte saurait qu'il n'y a que deux types d'actions contre le changement climatique : celles qui peuvent faire plier la politique industrielle de la Chine, de l'Inde et des USA, et la démographie africaine ; et celles qui ne servent à rien.» Le mouvement Dernière Rénovation ravage les cerveaux des jeunes par des compteurs apocalyptiques du type «We have 808 days left» pour justifier ses actions radicales. Non, il ne nous reste pas moins de trois ans avant la fin du monde. Quand j’étais adolescent, je flippais de l’approche de l’année 2000. La fameuse Y2K. On avait annoncé un bug planétaire et… la fin du monde ! Aujourd’hui, nous sommes en 2023, j’en ris encore...

Protéger la nature ne peut se faire contre l’homme mais avec lui. Les traditions et les coutumes de la ruralité, toujours au contact des champs, des forêts, des fleuves et des animaux, sont et doivent demeurer des atouts pour retrouver de nouveaux équilibres vitaux entre l’activité humaine et la protection de l’environnement.Le temps écologique n’est pas compressible dans le temps électoral et médiatique. L’écologie doit cesser d’être une manne financière pour équilibrer, grâce à de nouveaux impôts et taxes, des budgets austères dans un pays surendetté. Culpabiliser de simples citoyens dans une France qui a, par exemple, la production de l’énergie électrique la plus décarbonée, l’énergie nucléaire, au lieu de s’attaquer aux vrais pollueurs mondiaux et de dénoncer un pouvoir qui dénucléarise la France délibérément, au risque de la tiers-mondiser à terme, n’est pas simplement une démarche contre-productive mais elle est assurément hypocrite et lourde de conséquences sur le moral et la santé publique. C’est à la science, stricto sensu, c’est-à-dire la vraie science, celle qui n’est pas asservie à des groupes de pressions, que revient le devoir d’éclairer le débat, de le dépassionner, de refroidir les échanges enflammés, d’inscrire les changements climatiques dans le temps cosmique et de réconcilier, enfin, environnement et civilisation.

Mon enfant,

Je ne peux finir cette lettre sans te livrer, sincèrement, le fond de ma pensée au sujet de ce nouveau totalitarisme qu’est le wokisme et son alliance (naturelle) avec l’islamisme. Mon père regardait le communisme marocain, des années soixante-dix et quatre-vingt, avec beaucoup d’inquiétude. Je dirais même qu’au-delà du cas particulier de ton grand-père, la monarchie marocaine, fondée en partie sur le droit divin, fut soucieuse de sa stabilité et de la «sécurité spirituelle», dit-on, de ses sujets. Elle observait le communisme d’un œil craintif. Le roi laissa alors se développer le frérosalafisme au sein de la société et ses mosquées en espérant contrer de cette manière les vents de l’URSS. Pour s’en prémunir à son niveau et protéger sa famille contre ces influences, mon père a trouvé refuge dans la religion musulmane, particulièrement dans le récit traditionnaliste salafiste revendicatif.

Adolescent, je fus «éveillé» très tôt, à ma façon, contre les injustices sociales. Et c’est au sein de la mouvance sectaire des Frères musulmans que j’ai exprimé, durant plus de quinze ans de ma vie, cet «éveil» juvénile mais sans me rendre compte que cette mouvance islamiste fait feu de tout bois, pourvu que son projet totalitaire de domination des corps et des esprits, du temps et de l’espace, de la langue et de la mémoire au nom d’Allah avance, gagne du terrain et multiplie le nombre de ses militants. Quand j’ai compris l’ampleur de la supercherie, de l’escroquerie monumentale et les visées réelles de cette mouvance politico-religieuse, ici en France, j’ai tiré ma révérence et j’ai décidé de la combattre par la plume. Elle m’a volé ma jeunesse. Je ne la laisserai pas voler celle de mes enfants et des enfants de la France. Cela fait maintenant plus de seize ans que je ne cesse d’alerter à son sujet.
Tout parent aimerait voir son enfant «éveillé», sensibilisé et responsabilisé aux sujets de l’urgence écologique, par exemple, des violences faites aux enfants, des injustices qui frappent des femmes et des hommes des classes sociales défavorisées, des discriminations à l’accès au logement et à l’emploi sur la base de l’origine ethnique, de la couleur de peau, de l’orientation sexuelle, du handicap, de la religion, des abus dont souffrent des ouvriers mal payés, des inégalités, y compris salariales entre femmes et hommes, des précarités qui frappent des pères isolés, des mères célibataires, des habitants des campagnes délaissées, des personnes sans domiciles fixes… Voir son enfant qui, en plus de réussir sa scolarité et de faire vivre ses passions, s’intéresse aussi à des sujets complexes qui touchent la société et interrogent profondément sa conscience collective, peut être une source de fierté pour bien des parents. Cependant, l’entendre répéter en France un refrain de la rappeuse militante noire américaine, Georgia Anne Muldrow, «I stay woke», en mettant un genou à terre le poing levé, peut être source d’inquiétude voire de sueur froide…

Mon enfant,

Il y a à peine deux ou trois ans, je ne prêtais guère attention au mouvement politique woke. Il me paraissait, de loin, marginal et quasiment sans espérance de vie. Je me disais qu’il allait s’essouffler de lui-même. Je n’imaginais pas son pouvoir de nuisance et sa capacité à cibler, ici en France, avec plus ou moins de réussite, la jeunesse scolarisée : collégiens, lycéens et étudiants. J’avais tort. Désormais, le ministre de l’Education Nationale en personne, un pur produit du wokisme, dit-on, songe à sensibiliser des enfants en bas âge aux thèses idéologiques woke, notamment au sujet de la théorie du genre… Les mômes dans les écoles maternelles – qu’il me soit encore permis de dire «école maternelle» (!) – risqueraient de subir un «lavage» de cerveau avant d’apprendre l’abécédaire de la langue française et de savoir lire, écrire et compter. Le soir de sa réélection, on a vu le président de la République et son épouse suivis par des enfants au Champ de mars. Une image qui rappelle, curieusement, le joueur de flûte de Hamelin. L’ordre woke est déjà en marche aussi au sein des universités françaises, en particulier celles des lettres, des sciences sociales et humaines, des sciences politiques. L’idéologie woke, venant des campus nord-américains, les a atteintes en premier, dopée par l’activisme islamogauchiste qui se niche même au sein du CNRS...
Je t’en parle pour t’alerter au sujet du wokisme car j’aurais aimé que l’on m’alerte, dans les années quatre-vingt-dix, sur les dangers de l’islamisme quand j’avais treize ans. Je n’ai pas eu cette chance. Cela m’aurait évité de sacrifier toutes les années de ma jeunesse au service d’une idéologie intégriste. Je t’alerte aussi, par devoir parental, car je tiens beaucoup à ta santé mentale, à ton épanouissement intellectuel, à ta réussite dans la vie scolaire et professionnelle. Car le wokisme détruit la personne et assigne à vie le militant, consentant ou manipulé, dans la prison victimaire, dans la geôle du ressentiment, attaché aux chaines de la matrice intersectionnelle redoutable, qui ne voit le monde qu’à travers une binarité simpliste que synthétisent ces oppositions : oppresseur/opprimé, dominant/dominé, bourreau/victime, maître/esclave, colonisateur/colonisé, blanc/noir, raciste/racisé, souchien/immigré, homme/femme, patron/prolétaire, riche/pauvre, sioniste/propalestinien, offensant/offensé, prédateur/proie, homophobe/LGBT+, transphobe/transgenre, privilégié/défavorisé, réactionnaire/progressiste, méchant/gentil…
Il ne laisse aucune place à la nuance, à la complexité, au raisonnement, à la logique. Une raison qui expliquerait, peut-être, le règne aujourd’hui du wokisme et sa terreur au sein des facultés des sciences sociales et, par contraste, sa faible présence au sein des facultés des sciences exactes et expérimentales. Toutefois, corrélation ne vaut pas causalité…
Je t’en parle car je considère que le monde n’est pas celui que décrit le wokisme. Toute personne n’est pas ses blessures. Sa vie, fort heureusement, n’est ni un sommaire de drames, ni un catalogue de discriminations, ni un répertoire de fragilités. Elle n’est ni le résultat d’une claque, ni le triste reflet d’une brimade, ni un traumatisme induit par une fessée. Elle n’est ni la somme arithmétique des microagressions qu’elle aurait subies à la maison, ni la somme algébrique des échecs à l’école, ni le recueil des violences physiques et des souffrances psychiques endurées dans la rue. Quoi que disent les wokistes, tu n’es pas le souvenir refoulé d’une oppression qu’aurait subie ton arrière-grand-père quand le Maroc était sous Protectorat français blanc. Les Noirs, les Arabes et les musulmans, non plus. Inutile de refaire ici l’anatomie historique de la colonisation arabe et de la collaboration de certains Noirs dans l’esclavagisme et de la traite négrière de l’ère islamique. Pour ce faire, il me faut un couteau et, surtout… une fourchette.

Tu pourrais , mon enfant, laisser ton passé, vrai ou fantasmé, condamner à mort ton avenir. Le wokisme t’encouragera dans cette direction mais pas tes parents. Tu pourrais laisser tes souvenirs, authentiques ou imaginaires, envahir totalement ton présent, prendre le dessus sur tes rêves et inhiber tes projets. Le wokisme veut avoir la main sur ta psyché pour exciter chez toi les passions tristes. Tes parents veulent libérer tes forces créatrices dans la joie et la reconnaissance. Tu pourrais psychologiser à l’envi tes contradicteurs, les traiter d’«ignares», de «haineux», d’«extrême-droite», à chaque fois qu’ils t’opposeront des arguments factuels, fragilisant des «raisonnements» stupides, simplistes, victimaires, relativistes et socio-constructivistes radicaux.

Le wokisme t’offrira tout un vocabulaire émotif pleurnichard, toute une novlangue orwellienne relativiste «inclusive», taillée spécialement pour les offensés éternels, professionnels et amateurs, du nouvel ordre wokiste. Il appauvrira ta langue en t’interdisant de dire ceci, en t’imposant de dire cela, pour ne pas froisser, pour ne pas participer, dit-on, au «mal-être» de certaines catégories. Ce n’est pas parce qu’Hitler a utilisé l’expression «contre-nature», pour qualifier les relations homosexuelles sous le régime nazi, qu’il faille bannir cette expression de notre vocabulaire. Par extrapolation, doit-on bannir la langue allemande parlée sous Le Troisième Reich ? Doit-on bannir le français parlé sous le régime de Vichy ? L’appauvrissement de la langue est un acte totalitaire.

Mon enfant,

Le wokisme te dira qu’il faut expurger le dictionnaire de certains mots qui, pourtant, ont traversé les siècles. Même le jeu Scrabble n’échappe pas à la dictature wokiste. On a appris récemment que l’éditeur de ce jeu a décidé de bannir une soixantaine de mots français, lors des compétitions, parmi lesquels on trouve le terme «poufiasse», pourtant utilisé dans des œuvres littéraires et pas des moindres : par le Journal des Goncourt en 1890, par l’académicien Georges Duhamel en 1937 dans Désert Bièvres et aussi par Jean-Paul Sartre dans Mort dans l’âme en 1949. L’éditeur de Scrabble n’en veut plus, peut-être pour lutter wokistement contre la «grossophobie»…

D’ailleurs, si par un concours de circonstances malheureuses tu devais faire face à un surpoids passager ou pathologique, ce n’est pas le wokisme qui t’aiderait à traverser ce moment difficile puisqu’il considère «l’être obèse» comme une «construction sociale». Circulez ! Il n’y a rien à voir. Tu peux faire un infarctus du myocarde, étant donné que l’obésité, traduite par un indice objectif très élevé de masse corporelle, est un sérieux facteur de risque pouvant provoquer une mort subite, mais tant que tu te complaisa dans cette «identité» à part entière qui refuse de se conformer aux règles nutritionnistes pour protéger la santé, tu seras vu, à titre posthume, comme un «résistant». Imbécilité sans nom.
Oui, le wokisme t’offrira aussi de faux-arguments, des résultats falsifiés, des études bidonnées pour servir l’idéologie et non la science. Tes parents te supplient de ne pas laisser le wokisme guider ta voie, obscurcir ton âme et parler le langage des boucs émissaires… Sache mon enfant que l’université n’est pas un lieu de pouvoir mais un lieu de connaissances, de savoir. Un savoir universel. Elle a toujours été le lieu, par excellence, de la liberté académique, de la liberté d’expression et des débats contradictoires. Les sciences exactes et la recherche en sciences sociales, humaines et politiques, ont besoin de libertés pour se développer. Le progrès scientifique et technique ne sait pas évoluer dans un cadre limitatif corrélé au ressentiment et aux susceptibilités de jeunes oisifs paresseux, qui ont perdu ou n’ont jamais appris le sens du travail et de l’effort. Le wokisme en fait aujourd’hui des lieux de censure où s’exprime avec violence la culture de l’annulation et du bannissement par des agitateurs à la solde de puissances étrangères.
Oui, mon cher enfant, ce n’est point complotiste d’affirmer que les wokistes en France servent, avant tout, les agendas de certaines puissances étrangères. Si le cœur t’en dit, je t’invite vivement à lire une note synthétique remarquable, publiée en juin 2022, par la Fondation pour l’innovation politique (Fondapol) que dirige le politologue Dominique Reynié, mon ami, intitulée La montée en puissance de l’islamisme woke dans le monde occidental, écrite par Lorenzo Vidino, directeur du programme sur l’extrémisme à l’université George-Washington et l’un des rares experts à avoir étudié, depuis plusieurs années, et étudie toujours le mouvement des Frères musulmans en Occident, et ses évolutions stratégiques et tactiques. Il y révèle, preuves à l’appui, que la nouvelle génération des islamistes en Occident qui suivent des cursus universitaires en sciences sociales et politiques, contrairement à leurs aînés qui fussent plutôt attirés par les sciences exactes et les études d’ingénieurs, ont infiltré le mouvement woke, adoptent certaines parmi ses causes, soutiennent ce mouvement financièrement et profitent de son réseau pour approcher des politiques, des chercheurs et des médias. Lorenzo Vidino livre des noms d’islamistes qui sont copains comme cochons avec des wokistes. Il décrypte le réseau des organisations frérosalafistes, notamment celles proches de l’AKP d’Erdogan, qui font du wokisme, à Bruxelles et ailleurs, un Cheval de Troie...
Le frérosalafisme, comme le wokisme, s’est construit sur le refus des pouvoirs et des autorités en place, sur l’anticolonialisme, sur la haine d’Israël, sur la victimisation et surtout, sur la nécessité de protéger des catégories dites «persécutées», en particulier. On peut parler, sans exagération, de convergences des luttes wokislamistes dopées par les tirades engagées de la chaine qatarie Al-Jazeera et ses antennes AJ+, en français et en anglais, entre autres médias islamogauchistes engagés. Tous disent qu’ils s’engagent pour plus de justice et moins d’inégalités. Tous jurent de défendre la veuve et l’orphelin. Mon œil ! L’enfer (wokislamiste) est pavé de bonnes intentions comme tous les enfers d’ailleurs.

On peut être étonné de voir, par exemple, des néo-islamistes défendre les droits des LGBT+. Mais quand on connaît l’arrière-pensée idéologique de ces manœuvres tactiques et l’agenda politique du projet frériste, homophobe par essence, l’étonnement laisse la place à l’inquiétude quant aux conséquences directes et indirectes de ce qui se trame, sous nos yeux, depuis quelques années à Londres, à Bruxelles, à Paris, à Berlin... Depuis quelques années le wokisme développe en France et ailleurs des «Safe space», des «espaces sécurisés», des «domaines sûrs». On voit se multiplier les «rencontres en non-mixité», réservées à une ou plusieurs catégories de personnes se définissant comme «victimes», comme «opprimés», comme «racisées», et interdisant l’accès à d’autres personnes qualifiées de bourreaux, d’oppresseurs et de racistes, à l’image, entre autres, de ces «camps décoloniaux» interdits aux «blancs»...

Cette idée plait particulièrement aux Frères musulmans et sert leur projet. Je dirais même que le développement des safe spaces est peut-être l’idée wokiste la plus importante aux yeux de l’islamisme, car elle légitime la nécessité d’avoir un entre-soi musulman protégeant contre ladite «islamophobie», interdit aux non-musulmans sauf à des exceptions qui accepteraient de se soumettre à la loi d’Allah, c’est-à-dire de se convertir à l’islam frérosalafiste, ou d’accepter le statut de dhimmi et, à ce titre, payer un impôt de capitation, la jizya, et bénéficier d’une protection, somme toute, hypothétique...
Dans le monde arabe, à majorité musulmane, les Frères musulmans ciblent le pouvoir suprême pour y appliquer la charia, seul moyen, selon eux, de protéger l’islam et les musulmans des «agressions» dont ils seraient la cible. En ce sens, le régime du califat islamique, voulu par les frérosalafistes, représente un safe space 100% halal et jouerait quasiment le même rôle prétendument protecteur qu’un triangle rose inversé entouré d’un cercle vert, symbolisant un «espace sans homophobie». En Occident et en France, aux yeux des frérosalafistes, les musulmans ne sont pas majoritaires, pas encore, pour pouvoir inverser le cours de l’histoire et instaurer un régime califal au cœur même de l’Europe. Toutefois, pourquoi bouderaient-ils leur plaisir si, grâce au wokisme, ils peuvent multiplier les safe spaces ou instaurer un seul safe space dans chaque pays, une seule «communauté organisée», au terme d’une «partition» violente des territoires ?
Mon enfant,

Je t’invite à lire ce passage de la note susmentionnée de Lorenzo Vidino où il cite la prédiction de Dyab Abou Jahjah, un activiste libanais basé en Belgique. Il dit qu’«il est préférable qu’une grande partie des islamistes embrasse aujourd’hui une politique ultraprogressiste plutôt que le fascisme djihadiste. Néanmoins, l’attaque contre la modernité et la plupart de ses valeurs, y compris la laïcité, est menée de manière plus raffinée et plus efficace et au sein d’une large alliance dotée d’un sérieux potentiel de mobilisation. Cette stratégie ne vise pas à créer un État islamique, mais elle peut conduire à une fragmentation de la société selon des lignes identitaires afin que chacun puisse “être soi-même”. Ce nouvel islamisme woke, avec le reste du mouvement progressiste extrême (souvent appelé “woke”), rêve d’un archipel de “safe spaces” qui interagissent dans la justice et l’équité. C’est dans cette peinture utopique et colorée de la société que réside aujourd’hui la nature toxique de l’islamisme européen. Avec les autres tendances woke, les néo-islamistes woke déconstruisent l’“universalisme” en faveur de l’“intersectionnalité” des exceptions. Ainsi, un jour, toutes les exceptions pourraient finir par devenir la règle. Lorsque l’exceptionnalisme, et non l’universalisme, deviendra la pierre angulaire de la citoyenneté, qui osera alors contester les appels à des tribunaux séparés et même à des lois séparées?»

Si ce scénario cauchemardesque se réalise, il conduira, à n’en point douter, à la fin de la laïcité et de l’universalisme et à l’instauration de la charia et du particularisme islamiste. Les Frères musulmans ne chôment pas. D’arrache-pied, ils construisent des «safe spaces» et préparent l’avenir. Des établissements scolaires privés se multiplient depuis des dizaines d’années au même titre que les commerces halal, les carrés musulmans, les clubs de hidjabeuses, les aumôneries dans les armées, les hôpitaux et les prisons, les sites et applications des rencontres musulmanes… Si l’islamisme triomphe, le wokisme se mordra les doigts mais ce sera déjà trop tard. Au moment où les femmes iraniennes luttent au péril de leur vie pour «Zan, Zendegi, Azadi !» ... «Femme, Vie, Liberté !», les wokistes et leurs soutiens financiers, y compris aux seins des instances à Bruxelles, promeuvent le voile islamiste et la soumission. Décidément, les cocus héritiers de Michel Foucault ne comprendront jamais la leçon iranienne, d’hier et d’aujourd’hui…

Mon enfant,

Ni toi, ni moi ne sommes des victimes éternelles d’une quelconque discrimination systémique. Notre safe space s’appelle la démocratie française, sa laïcité, son Ecole et ses institutions, héritières des Lumières et de l’universel de la modernité. C’est grâce à elle que j’ai fondé une famille, poursuivi mes études, trouvé un travail, acquis un logement et me suis libéré des carcans d’un islam politique militant et victimaire. C’est grâce à elle que tu as eu l’instruction qui te permet d’être aujourd’hui ce que tu es, là où tu es. C’est grâce à elle que tu as accès aux soins, à la culture, aux arts, aux sports, aux loisirs. Si cette démocratie traverse un moment de doute, un épisode très difficile de faible intensité, ce n’est pas en la fragilisant davantage, en s’alliant à ses ennemis wokistes et islamistes, que l’on va lui rendre un quelconque service, bien au contraire.
Je formule le souhait que nous continuions, toi et moi, à cultiver la curiosité et non le ressentiment. Nous avons cette chance extraordinaire de pouvoir avancer librement vers la direction que chacun pourrait choisir pour sa propre destinée. Tous les champs de la connaissance, du savoir, nous sont accessibles, grâce à la France. Il suffit de pousser la porte de la médiathèque municipale ou de la bibliothèque universitaire et de s’assoir entre les rangs des bouquins pour lire. Il suffit que nous levions nos yeux des écrans pour observer l’espace infini qui s’étend au-dessus de nos têtes. Il y a tant de choses que nous pouvons explorer et dont on ignore jusqu’alors l’existence. Nous pouvons nous intéresser à la conquête du passé en vue d’étudier les origines et le commencement de toute chose. Il y a tant de questions existentielles que l’archéologie et la paléontologie, par exemple, peuvent éclairer d’un nouveau jour. Nous pouvons nous intéresser à l’infiniment grand et ses réglages précis et à l’infiniment petit et ses édifices minutieux. Cela pourrait nous instruire quant aux grandeurs et fragilités de notre Cosmos.
Quelle belle aventure que d’inscrire nos quêtes respectives du savoir dans un cadre pluridisciplinaire qui ne néglige aucune branche de la connaissance. Car point d’incompatibilité entre l’étude des mathématiques et l’apprentissage de la poésie, entre l’exploration physique de la matière et les questionnements métaphysiques de la philosophie, entre l’esthétique et la biologie, entre l’étude des œuvres d’art et l’exploration de la géographie, entre les enseignements de l’Histoire et les notes de la musique. Au moment où notre humanité fait face à de nombreux défis et crises, elle se prépare aussi à franchir un nouveau cap anthropologique caractérisé par des avancées technologiques spectaculaires touchant à l’intelligence artificielle et ses applications et rendant possible, dans un futur plus ou moins proche, le rêve d’enfant qui voulait voyager entre les planètes et les galaxies. Il nous appartient de saisir cette opportunité, cette chance historique, ici et maintenant, pour apprendre et comprendre...

Mon enfant, dans ton intense engagement pour la vie, pour ta vie, réserve-toi quand même des temps d’amusement, des moments de plaisir, des instants de légèreté. Mon ami Dominique a mille fois raison de nous souhaiter en ce début d’année : «Vive la vie, unique, sublime. Quel privilège nous avons !»

La vie est devant toi, mon enfant. Vis ! Aime ! Prends le large…


Ton père qui t’aime, Mohamed LOUIZI.
1 006 vues0 commentaire
bottom of page