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Attentat islamiste anti-juifs à Bondi Beach à Sydney : interview accordée à Atlantico

  • mohamedlouizi
  • 18 déc. 2025
  • 9 min de lecture

Atlantico : La communauté juive de Sydney a été victime d’un violent attentat ce dimanche 14 décembre, qui a fait au moins 15 morts et des dizaines de blessés lors des célébrations de Hanouka à Bondi Beach. La France Insoumise s’est empressée de réagir, à travers les voix de Thomas Porte ou de Jean-Luc Mélenchon notamment. LFI semble dénoncer les amalgames entre musulmans et terroristes tout en sous-entendant un lien entre la communauté juive et la guerre à Gaza. N’y a-t-il pas ici une forme d’assignation raciale masquée, où l’on essentialise les groupes pour des raisons politiques ?


Mohamed Louizi : Permettez-moi d’abord d’adresser mes sincères condoléances à la communauté juive partout dans le monde, notamment en Australie, en Israël et en France. En réponse à votre question, je dirais qu’il est clair et établi aujourd’hui que LFI adopte un traitement asymétrique et une approche à double standard selon la religion des personnes concernées par son discours et ses prises de position.


D’un côté, depuis plusieurs années maintenant, en particulier depuis le Pogrom du 7 octobre 2023, lorsque la communauté juive est attaquée et endeuillée, soit LFI ne condamne pas, soit elle condamne à demi-mot avec des précautions langagières et un lexique qui ne nomme rien, soit elle condamne avec un « mais », en essentialisant la communauté juive, où qu’elle soit, et en la rendant explicitement ou implicitement responsable des choix politiques des gouvernements israéliens successifs. Aux yeux de LFI, tout citoyen juif devient alors l’incarnation et le comptable de la politique israélienne. Si ce citoyen est insulté, brutalisé, attaqué ou tué parce qu’il est juif, l’essentialisation criminelle faite à dessein par LFI relativise le crime, l’explique et le justifie. L’antisionisme lui sert de couverture pour voiler son antisémitisme. Vis-à-vis des juifs, LFI entretient tous les amalgames et décrète la responsabilité collective de la communauté juive mondiale.


De l’autre côté, LFI exige de délier les jihadistes de l’islam et de la communauté musulmane, insiste sur le rejet total de tout amalgame et accuse toutes les voix, y compris musulmanes, qui s’élèvent contre la violence islamique et ses jihadistes d’« islamophobes ». Aux yeux de LFI, les musulmans ne peuvent être tenus pour responsables et comptables d’aucun récit de l’islam politique et jihadiste. LFI défend la communauté musulmane en refusant toute connexion entre les actes jihadistes et l’islam comme identité religieuse collective des musulmans, transformant le jihadisme en une dérive sectaire et individuelle. Dans ce cas, LFI décrète l’absence de responsabilité collective de l’Oumma. Évidemment, ce double standard est un choix idéologique qui culpabilise une communauté pour protéger une autre.


Atlantico : Jean-Luc Mélenchon a exprimé des condoléances après l’attentat, mais son historique inclut des discours controversés et des associations avec des figures ouvertement antisémites. Comment qualifier cette attitude ? Faut-il penser qu’elle soit hypocrite ou dangereuse, qu’elle alimente un climat de haine raciale ?


Mohamed Louizi : Sa condamnation de l’attentat devrait, de mon point de vue, être analysée à l’aune et dans la continuité de sa récente audition devant la « Commission d’enquête parlementaire sur les liens existants entre les représentants de mouvements politiques et des organisations et réseaux soutenant l’action terroriste ou propageant l’idéologie islamiste ». Durant cette étrange audition, Jean-Luc Mélenchon a profité de l’impréparation étonnante de la Commission pour se refaire, à moindre frais, une posture plutôt acceptable et apparaître comme étranger à tout ce qu’on lui reproche à juste titre depuis plusieurs années. Peut-être espère-t-il que sa condamnation de l’attentat adoucisse la teneur du rapport définitif de la Commission et fasse oublier ses choix alimentant l’antisémitisme et ses fréquentations islamistes ?


Cette duplicité mélenchonienne a été mise en évidence de manière satirique magistrale par Plantu, qui a mis en scène deux versions de Jean-Luc Mélenchon : l’une actuelle, le « grand Mélenchon » qui a cherché à se conformer aux usages républicains et à se dédouaner de toute responsabilité de LFI quant à sa responsabilité dans la montée de l’antisémitisme et de l’islamisme en France, en ayant une lecture de la laïcité très tendancieuse, et l’autre, « le petit Mélenchon » dessiné en pleurs, affublé d’une bavette ridicule avec un message : « À bas le voile ! Mélenchon 2010 ». Ce personnage incarne le Mélenchon d’hier, celui du Parti de Gauche, invité opportunément devant la Commission par le Mélenchon d’aujourd’hui. Il tenait des positions laïques et anti-communautaristes, en phase avec la gauche républicaine traditionnelle. La phrase prononcée par le « grand Mélenchon » à l’adresse du « petit Mélenchon » à la sortie de la Commission était : « Tu as été très bien ! Maintenant, retourne dans ta cage ! » Qu’on ne soit pas étonné si le Mélenchon de demain adresse un message à Mélenchon qui condamne un attentat antisémite : « Tu as été très bien ! Maintenant, retourne dans ta cage ! » Évidemment, cette attitude est dangereuse et relève d’un calcul cynique de Jean-Luc Mélenchon face à l’antisémitisme. Cela contribue à nourrir le terreau sur lequel l’antisémitisme s’épanouit.


Atlantico : Faut-il penser que la France Insoumise entretient une forme de double, sinon de triple discours, avec un volet dédié aux populations françaises de gauche sensibles aux arguments décoloniaux, un autre dédié aux populations musulmanes et un dernier pour le reste de la population française ? Dans quelle mesure cette logique, parfois presque orwellienne, peut-elle s’avérer dangereuse pour la cohésion sociale française ?


Mohamed Louizi : Si le contexte s’y prêtait, j’aurais répondu avec une touche d’humour. On dit que Mélenchon excelle dans le double discours. Je pense – ironiquement, bien sûr – que cela n’est pas très exact. Il a juste un service client dédié pour chaque communauté. Au téléphone, il y a le Mélenchon qui se dit laïc, celui qui s’est présenté devant la Commission d’enquête parlementaire, celui qui instruit des profs d’histoire-géo, et un instant après, c’est le Mélenchon décolonial et communautariste qui décroche le téléphone, celui des collectifs « racisés », amis des islamistes et avatar des wokistes. Sauf que les deux lignes téléphoniques se croisent parfois, et là, ça sonne occupé.


Quant au nouvel adhérent à LFI, on imagine qu’il reçoit, au moment de son adhésion, un manuel d’instruction et une carte de fidélité. Le manuel stipulerait : « Face à un juif, vous devez d’abord lui parler d’Israël, de Gaza et de Netanyahou pour lui rappeler qu’il n’est pas Français comme les autres et qu’il est coupable comme tous les juifs. Face à un musulman, vous devez insister sur le fait qu’il est Français comme les autres, pour lui éviter tout islamalgame. Surtout, ne jamais inverser les deux, sinon, c’est l’exclusion du parti. »


Pour savoir quelle version de Jean-Luc Mélenchon le nouvel adhérent va avoir, on imagine qu’il doit consulter sa carte de fidélité communautariste LFI. Niveau « républicain » : on aura droit à un discours sur les services publics et une minute de silence. Niveau « décolonial » : on aura droit à une analyse critique du colonialisme français, de la traite occidentale – jamais de la traite islamique barbaresque orientale –, de l’impérialisme américain et, comme bonus, l’accès à un safe-space woke en non-mixité. Si vous êtes juif et que vous vous estimez victime d’un acte antisémite, la carte préciserait : « désolé, ce niveau a été déclassé pour des raisons dépendant de la volonté de LFI. Vous devez d’abord vous justifier de la politique israélienne à l’accueil… »


Sérieusement, il est plus juste de parler d’une stratégie politique de LFI qui fait le choix délibéré d’adopter une ligne victimaire. Celle-ci permet de faire converger en son sein plusieurs minorités agissantes et plusieurs mouvements identitaires, y compris islamistes. En ce sens, LFI adapte continuellement ses discours pour tenir compte des courants idéologiques qui la composent depuis sa naissance et de leurs propres discours et colères réelles ou surjouées. C’est un choix hautement explosif pour la cohésion sociale, car il substitue le cadre universel de la République, une et indivisible, par une logique de confrontation des identités, où le statut de victime et la colère qui en découle, reconnu à toutes ses composantes sauf aux juifs, devient la principale monnaie d’échange politique et le principal carburant des violences à venir.


Atlantico : Faut-il voir dans cette façon de procéder une instrumentalisation de la FI par des groupes islamistes à l’insu de son plein gré, ou s’agit-il au contraire d’une stratégie de victimisation permanente des populations musulmanes (condamnées à n’être que des victimes perpétuelles de l’Occident, dans ce logiciel), qui est par ailleurs celle promulguée par les islamistes et qui serait de nature à diviser profondément nos sociétés ?


Mohamed Louizi : Je pensais que les islamistes, en particulier les Frères musulmans, instrumentalisaient LFI. Cela me paraissait évident, facile à saisir et à démontrer, surtout quand on sait qu’ils ont essayé d’infiltrer, par le passé récent, d’autres formations politiques, de droite, du centre ou de gauche, avec plus ou moins de réussite. Aujourd’hui, ils n’ont certainement pas renoncé à ce mode de fonctionnement mais, vis-à-vis de LFI, ils n’ont pas souscrit à un simple abonnement « infiltration ». Je vois les choses différemment. Je pense que la maison LFI est, depuis sa conception en 2016, aussi la maison des islamistes et que le soutien de LFI aux causes islamistes n’est pas conjoncturel mais structurel.


Les Frères musulmans, en fins stratèges et surtout bien conseillés, avaient senti le vent tourner après la succession des attentats depuis le 7 janvier 2015. Ils ont opéré plusieurs mues et mutations apparentes pour survivre à ce climat. Par exemple, depuis 2017, ils ne revendiquent plus être une simple « Union des organisations islamiques de France » (UOIF), ils ont rebaptisé l’UOIF en faisant une OPA sur le label « Musulmans de France ». De ce fait, critiquer les Frères musulmans en France aujourd’hui devient, d’un point de vue purement sémantique, synonyme de s’en prendre aux « Musulmans de France ». Interdire les Frères musulmans en France demain sera relayé, par des médias nationaux et internationaux, comme interdire les… « Musulmans de France ». Ils pensent duper les gens mais on n’est plus dupes. Il faut interdire « Musulmans de France » et toutes ses antennes et ramifications.


Je rajoute que la mue ne s’est pas arrêtée au stade sémantique. Plusieurs détachements de Frères musulmans, plusieurs groupes de Sœurs et de Frères, ont ciblé de nouvelles formations politiques qui n’existaient pas encore et qui étaient plutôt en phase de gestation. Des « Bernard l’Hermite » fréristes avaient ciblé de nouvelles coquilles vides ou avides pour se protéger et ainsi lier leur propre destin avec les destins d’autres copropriétaires et colocataires. Cela s’est produit à la création du mouvement « En Marche ! », qui a conduit Emmanuel Macron à l’Élysée, où la présence de nombreux activistes fréristes en son sein, dès sa création, est largement documentée.


Dans le même temps, les manifestations « Nuit Debout » qui ont débuté fin mars 2016, ont donné aux cadres et activistes Frères musulmans à Lille, à Grenoble et ailleurs, une opportunité pour tisser des liens forts et de constituer une partie du socle politique et idéologique qui va alimenter la très jeune LFI qui venait d’être créée, un mois avant, en février 2016. Nuit Debout n’a certainement pas été le précurseur organique officiel de LFI, ce n’est pas ce que je dis, mais elle a fortement contribué à renouveler les méthodes et les pratiques militantes, à légitimer des idées et des thèmes et à mobiliser des acteurs et des ressources humaines, y compris fréristes, qui ont ensuite rejoint, soutenu ou inspiré LFI sur le terrain de la lutte contre la prétendue « islamophobie » et sur le créneau du dopage criminel de l’antisémitisme.


Je ne peux pas décrypter ici et en profondeur cette convergence des luttes, entre gauchisme et frérisme, au moment de « Nuit Debout ». Cela fera l’objet d’un décryptage dédié. Je tiens simplement à attirer l’attention du lecteur sur le rôle déterminant qu’a joué l’Institut Alinsky comme plateforme de formation des cadres LFI, à ses débuts, et des activistes fréristes, et aussi comme interface intellectuelle de jonction qui a donné une forme politique à l’islamo-gauchisme et à son ancrage local dans des quartiers contrôlés par les imams et par les dealers. Il conviendrait d’analyser les proximités d’un certain Julien Tapin – membre du comité scientifique de l’Institut Alinsky et qui a formé à la fois des militants de LFI à la méthode du « Community organizing » ainsi que des islamistes – avec des fréristes notoires issus de l’ex-UOIF, de l’ex-CCIF et de l’entourage de Tariq Ramadan.


Ce que je veux dire par là, c’est que la méthode de l’Institut Alinsky, se basant sur l’action d’« aller chercher la colère » pour la mobiliser, la structurer, l’organiser et en faire des revendications collectives, ne s’est pas limitée à s’occuper des colères sociales légitimes. Il en a même créé d’autres : colère des musulmans contre une supposée « islamophobie », colère des jeunes des quartiers contre une « violence » policière imaginaire, colère contre Israël pour masquer la haine des juifs pour ce qu’ils sont. Si l’on ne tient pas compte de cette genèse de la création de LFI et des forces qui sont venues la structurer avec leurs « colères » réelles ou fabriquées, et peut-être avec leur moyens et carnet d’adresses comportant de de potentiels financiers qataris ou iraniens, on ne comprendra pas la vraie nature politique de LFI. Je ne pense pas que LFI soit instrumentalisée par les islamistes à l’insu de son plein gré. Je pense que LFI est un parti frériste hybride de nouvelle génération. Inutile d’interdire les Frères musulmans si on dissout pas LFI.



 
 
 

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